GE - Une photo par jour

Jean-Louis Claude



un mois d'images

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Janvier 2014

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31.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 25 – Ne vous étonnez pas, on est à Rishikesh. C'est une manière de se gratter la tête en prenant son pied.

L'HABIT NE FAIT PAS LE SADHU

J'ai passé trois semaines dans le Kumaon sans jamais avoir été abordé par un mendiant ou un sadhu me demandant de leur donner des roupies. Par contre quand vous arrivez dans les villes saintes qui bordent le Gange, vous êtes assaillis par une foule de quémandeurs, tendant la main, visages décomposés par la misère, qui vous font pitié à tel point que vous ne pouvez pas résister à leur donner quelques roupies afin de soulager leur détresse. Le cœur allégé de quelques roupies, l'âme en paix par ce geste charitable vous continuez votre chemin pour rencontrer cent mètres plus loin, un autre mendiant qui a le visage encore plus décomposé que celui que vous venez à peine de quitter. Et là encore, sentant l'esprit de l'abbé Pierre et de Mère Thérèsa souffler en vous, vous soulagez encore une fois votre porte-monnaie de quelques roupies. À peine votre porte-monnaie ranger dans sa poche, que vous remarquez à vos pieds un enfant en guenille, visage un tantinet décomposé, tendant la main droite pendant que la gauche vous montre son ventre. Là, c'est l'esprit de Johann Heinrich Pestalozzi qui remonte en vous, cette âme de Suisse, généreuse et accueillante, prête à tendre les bras à tous les exilés qui demandent un peu d'humanité sur cette terre d'asile, et à nouveau une poignée de roupies s'envolent.
Le soir en rentrant à votre hôtel, dans une ruelle à peine éclairé, vous rencontrer par hasard, le mendiant qui avait un visage tellement décomposé que vous étiez prêt à appeler un prêtre pour qu'il lui donne l'absolution, marchant d'un pas alerte, le visage recomposé et souriant, rentrant chez lui, après avoir passé une journée harassante à mendier sur les bord du Gange.

L'Inde est le seul pays où un homme quelle que fût sa position, pouvait tout abandonner, prendre le bol du mendiant et partir sur les routes, sans que personne ne s'en scandalisât. Malheureusement, avec la surpopulation galopante et, à partir des années 1950, la montée massive du chômage, nombreux sont ceux, parmi les gens de condition moyenne, qui ont pris le bol de mendiant. Ainsi l'équilibre s'est trouvé rompu.
C'est justement ce genre de mendiant que l'on rencontre à Rishikesh, ayant revêtu pour la plupart la tenue orange des sannyasins et que l'on nomme faussement sadhu. Passant leurs journées à fumer de la ganja, ils n'ont pas le souci de la faim, car chaque jour des temples organisent la distribution de nourriture pour tous ces mendiants errants. Chaque fois que je reviens à Rishikesh, j'en retrouve quelques-uns et depuis nous sommes devenus complices et c'est un plaisir pour moi de leur donner quelque fois un petit coup de pouce. Leur vie est simple mais pas misérable.

Le véritable sadhu est un ascète, vêtu de tissu safran, qui à tout quitter pour se consacrer à la vie spirituelle. Ces sadhus, après avoir réglé leurs affaires personnels et accompli leur obligations de chef de famille, ont volontairement quitté leur femme, abandonné tout bien matériel pour se consacrer à la recherche spirituelle et devenir des moines errants vivant de la charité d'autrui. Les nourrir et les loger est un devoir. Tout Hindou de la caste la plus élevé
Doit normalement passer par quatre phases au cours de sa vie terrestre. Première étape, le jeune homme étudie sous la direction d'un maître. Seconde période, la vie d'adulte et la vie de famille gagnant de l'argent et le distribuant. Troisième époque, pendant laquelle, les enfants élevés, il vit comme un ermite dans la forêt avec son épouse. Quatrième et dernier stade, où il renonce à son ermitage et même à sa femme.... Vêtus d'une tunique orange, cheveux longs, barbe de même, chaussés de sandales en bois, ces renonçants portent un baluchon contenant le strict nécessaire, une natte pour dormir, un pot en cuivre empli d'eau sacrée et une timbale. Ils s'appuient sur un bâton. Sans âge, ces sadhus viennent de n'importe quel milieu social, on peut rencontrer des médecins, des avocats, des hommes d'affaires qui s'élancent de la sorte sur le dur Chemin de la foi.....

Nombreux sont les yogis, mais j'aime ces saddhus errants.
Le corps enduit de poussière, ils mangent peu,
Ne gardent pas un seul grain de riz dans leur bol.

Aucune nourriture dans leur bagage, seulement la faim
Aucune gourmandise chez eux :
Ils s'abreuvent à leur propre soif.

Ces ascètes ont vaincu leurs désirs
Dans leur errance ils ont trouvé la destination
Qu'ils cherchaient depuis si longtemps.
Partis à la poursuite de la vérité,
Ils l'ont trouvée en eux-même

Assis au bord de la route, je les attends,
Au souvenir de ces sanyasis j'ai les larmes aux yeux
Pour moi ils eurent tant d'attention.
Ils irradiaient.
Nombreux sont les yogis, mais j'aime ces saddhus errants,

Latif

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30.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 24 - Coucher de soleil sur le pont de Swarg Ashram

À LA RECHERCHE DU MUSEAU DE VACHE

Chaque fois que j'arrive à Rishikesh, j'aime retrouver mes petits coins sympathiques, qui me font passer d'agréables séjours. D'abord il y a le Dev Ganga Guest House où j'ai ma chambre attitrée sur une terrasse qui domine le Gange et la petite ville de Laxman Jhula. C'est l'endroit parfait pour travailler et laisser vaguer son imagination, idéal pour l'inspiration et la création. Entre Laxman Jhula et Swarg Ashram, une petite route borde le Gange, parsemé tout le long de petites maisons perdues dans la végétation qui abritent des sages hindous ; là, j'ai mon Chai shop préféré où une foule de personnages hétéroclites, sadhus, pèlerins, touristes et gens du coin se rencontrent pour boire un excellent chai épicé avec finesse. Chaque jour c'est une histoire différente qui se déroule à cet endroit. Il y a aussi le Pyramide Café, qui se trouve sur les hauteurs de Laxman Jhula, loin des klaxons du Bazar et dont l'inscription du porche d'entrée vous met tout de suite à l'aise : « Welcome to the Pyramids. Leave your ego outside. » Ici tout est biologique et contrairement aux autres restaurants, règnent une hygiène qu'on ne trouve pas habituellement dans les établissements indiens, on peut dire aussi que les WC sont les plus propres de toute la ville, les occidentaux apprécient ce genre de luxe. Le thé Ayurvédique est un délice.
Pour terminer, il y avait le Ganga Ayurvédic Food Cafe, qui se trouvait au bord du Gange, à la sortie de Swarg Ashram, non loin de l'ashram des Beatles. Un restaurant qui faisait une cuisine indienne ayurvédique dont j'appréciais les saveurs, choisissant à chaque fois un plat au hasard en n'étant jamais déçu de mon choix. J'en parle au passé, malheureusement. Me réjouissant d'aller titiller mes papilles gustatives, j'ai eu la désagréable surprise de voir que le restaurant n'existait plus. En fait il était toujours là, mais enfoui sous une couche de sable de 1,50 à 2,00 mètres. Tout avait été dévasté par les crus du Gange qui ont eu lieu au début de l'été 2013, qui ont laissé de nombreuses séquelles dans la région. La cuisine en tôle, le magnifique jardin avec son petit temple, l'abri en bambous qui servait de salle à manger, sont en ruine, abandonnés, massacrés par le fleuve sacrée.

Le Gange où chaque goutte de son eau est sainte et sacrée, qui apporte le salut, offre la rédemption, donne l'absolution car s'y baigner lave de tout péché est un fleuve unique au monde. Il n'existe pas un seul fleuve sur notre planète pour lequel l'on ait imaginé autant de noms. On en dénombre mille. Rien d'étonnant à cela lorsqu'on sait que le panthéon hindou comporte rien que trente-trois millions de divinités. Pour les hindous, il est Ganga Mata, Mère Gange, Mère Divine car le Gange est d'origine féminine, et tous ceux qui l'invoquent choisissent des termes qui rivalisent de poésie.
En voici quelque florilège : Fille du Seigneur de l'Himalaya, Mélodieuse, Blanche comme le lait, demeurant dans les boucles de Shiva, Dissipant la peur, Immortelle, Eternellement pure, Gonflant les eaux des Océans, Enchanteresse, Porteuse de chance, Source de bonheur, Apportant la paix, Destructrice de la pauvreté, Effaçant les péchés, Mère de tout ce qui vit, Lumière parmi les ténèbres de l'ignorance, etc.....

Les géographes de l'Antiquité grecque et romaine en faisaient l'un des plus grands fleuves du monde après l'expédition en Asie d'Alexandre le Grand. Le Gange n'arrive cependant qu'au 55e rang mondial en ce qui concerne sa longueur, 2700 kilomètres de l'Himalaya au golfe du Bengale.
Difficile de doter d'une source géographique tout simplement un fleuve aussi complexe, descendu droit des cieux ! On la voudrait introuvable, cette source, perdue à jamais dans les étoiles, comme le dit la légende. Mais l'empereur moghol Akbar ne l'entendait pas de cette oreille à la fin du 16e siècle. Lui qui ne partait pas en campagne militaire sans ses porteurs d'eau du Gange décida de connaître l'origine physique du plus beau joyau de sa couronne : il envoya une expédition qui décrivit à son retour une montagne taillée en « museau de vache » (gomukh, en sanscrit) d'où jaillissait un torrent.
Un siècle plus tard, les Anglais tiennent à établir scientifiquement cet emplacement. Les premiers jésuites qui se sont aventurés dans la région pour y prêcher l'Evangile n'en n'ont ramené que des descriptions floues, aucun document n'est encore là pour satisfaire leur besoin de précision.
La Compagnie des Indes orientales dépêche donc une expédition officielle en 1808 dans l'Himalaya pour y repérer le lieu-dit Museau de Vache. La nature se rebiffe, les explorateurs rentrent bredouilles. Le premier Européen à atteindre officiellement le pied du glacier de Gomukh est un certain capitaine Hodgson : il le décrit dans son « Rapport d'une inspection au sources du Gange en 1817 ».
Les hindous n'ont que faire de cartes et de rapports ! Guidés par la seule tradition, ils pratiquent ce pèlerinage depuis fort longtemps. Toute cette région de l'Himalaya regorge de sanctuaires qui les attirent de très loin. D'anciens chemins relient, par la montagne le circuit sacré où la source du Gange n'est, étrangement, pas la destination la plus populaire. Une partie des pèlerins commencent leur périple à Jamunotri (3200 m), la source de la rivière Jamuna qui rejoindra le Gange à Allahabad. Ils passent à Gangotri puiser de l'eau du Gange pour l'amener au temple de Shiva à Kedarnath (3600 m). Ils finiront ce trekking religieux par le temple vishnouïte de Badrinath (3400 m.)

« Ainsi que les eaux du Gange passent rapidement et vont se perdre dans la mer, ainsi, celui qui marche dans le juste chemin de la compréhension parfaite arrivera à la cessation de la mort. »
Udânarvarga, précepte du canon tibétain

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29.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 23 - La nuit tombe sur Rishikesh

RISHIKESH, LA « CHEVELURE DES SAGES »

À Rishikesh, j'entame la deuxième partie de mon voyage, plus tranquille, avec des températures plus clémentes. Si pendant les trois semaines que j'ai passé dans la région du Kumaon je n'ai rencontré aucun touriste, ici par contre c'est tout autre chose. Les touristes viennent du monde entier à Rishikesh, car c'est la ville par excellence du yoga. La ville c'est même auto-proclamée « capitale mondiale du yoga » et recèle une multitude d'ashrams, qui prolifèrent chaque année, où l'on dispense toutes sortes de cours. Situé au bord du Gange, de nombreux pèlerins hindous viennent également priés et rendre hommage au fleuve sacré. Touristes, pèlerins et sadhus se retrouvent au coucher du soleil pour la cérémonie du ganga aarti où l'eau et le feu font partis d'un rituel qui a lieu chaque soir sur les ghats. C'est également à Rishikesh que le Gange quitte les contreforts de l'Himalaya pour entrer dans la plaine et entamer son périple de 2000 km jusqu'au golfe du Bengale.

Il se dégage de la ville une ambiance très New Age et Baba Cool, et chacun y trouve de quoi satisfaire sa curiosité et ses envies spirituelles. On peut apprendre à jouer d'un instrument de musique indien sur le toit de son hôtel, s'essayer au différents yogas et techniques de méditation, découvrir les vertus curatives des cristaux et des plantes et les différents types de massages, psalmodier des mantras dans les temples ou tout simplement écouter des CD de musiques spirituelles en sirotant du thé ayurvédique avec un bon repas végétarien. Et pourquoi pas, pour ceux qui veulent planer en rêvant de la belle époque des années 70, fumer de la ganja avec des sadhus qui passent leurs journées à tirer sur des shiloms.

Si Rishikesh est devenue ce qu'elle est aujourd'hui, c'est en partie grâce aux Beatles, qui ont séjourné avec leurs compagnes en 1968 en faisant la une des journaux du monde entier. Ils passèrent deux mois dans l'ashram du gourou Maharishi Mahesh Yogi à Swarg Ashram, sauf Ringo Star et son épouse qui ne restèrent que deux semaine n'appréciant pas la cuisine végétarienne et s'ennuyant de leurs enfants restés en Angleterre. Ce séjour en Inde des Beatles fut bénéfique au point de vu musical, car ils composèrent en grande partie les chansons qui furent enregistrées sur le double album blanc. L'appât du gain du gourou Maharishi et son attitude envers certains disciples du sexe féminin leur enlevèrent leurs illusions sur la méditation transcendantale.

Il est des canailles même dans les ordres religieux
Des plantes vénéneuses croissent même sur les collines aux herbes médicinales

Subhâshita Ratna Nidhi Verset 112 - 113

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28.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 22 - Attention, sortie d'éléphant !

JIM CORBETT, CHASSEUR DE « LEOPARDS MANGEURS D'HOMMES »

Après 11 heures de bus, coincé entre une indienne bien rembourrée du fessier et la fenêtre, je suis arrivé à Haridwar. Les 5 premières heures se sont bien passées, la descente vers la plaine par des routes sinueuses et le panorama sur les Himalaya, me fis oublier l'inconfort du trajet. La route emprunte durant une bonne heure, la « Corbett Tiger Reserve », premier parc national indien ouvert en 1936 par le légendaire chasseur de tigre anglais Jim Corbett. Vu la circulation, il n'est pratiquement pas possible de voir des animaux, quoique, le seul risque pour le bus, c'est de rentrer dans un éléphant. Partout des panneaux avertissent de faire attention à ces pachydermes.
L'initiative de Jim Corbett inspira le programme « Project Tiger » d'ampleur nationale qui débuta en 1973 et vit la création de 22 autres réserves. Cette célèbre réserve, est ouverte au visiteur accompagné de gardes du parc, du 15 novembre au 15 juin et c'est un lieu très fréquenté par les indiens. On peut y voir une faune variée repartie entre la prairie, les forêts de sala (saule local) et cours d'eau, notamment des éléphants sauvages, des ours jongleurs, des singes à face noir et longue queue, des macaques, des paons, plusieurs espèces de cervidés dont le chital tacheté, le sambar, le cerf cochon et le muntjac. Le parc accueille aussi des tigres, des léopards, des crocodiles agressifs, des varans, des sangliers et des chacals. Apercevoir un de ces grands félins est néanmoins une question de chance car la centaine de tigres du parc ne sont ni appâtés, ni suivis à la trace.

Jim Corbett est né en 1876 à Naintal. Passionné par les jungles de Kumaon, il tua son premer léopard à l'âge de huit ans et découvrit sa véritable vocation lorsque, après avoir assisté au massacre de centaines de canards, il fut dégoûté à tout jamais de la chasse. Corbett se jura de ne plus employer son fusil que pour libérer les collines de son pays natal de la menace des grands fauves. Son premier livre, Les Mangeurs d'hommes de Kumaon, raconte comme il traqua Chamapawat, la redoutable tigresse qui tua 434 villageois. Un an après la mort de Corbett, en 1955, le nom du chasseur devenu photographe et protecteur des animaux sauvages du Kumaon fut donné au parc.

Dans les années vingt, Rudraprayag s'est acquis une notoriété certaine avec un « léopard mangeur d'homme » que finit par abattre un des plus célèbres chasseurs de tous les temps, Jim Corbett.
C'est le 1er mai 1926 que ce colonel britannique eut finalement raison du redoutable fauve. Il terrorisait les villages de la région depuis huit ans déjà. On en parlait même dans les journaux du monde entier. La bête dévora, en l'espace de ces quelques années, plus de 300 personnes, non seulement des villageois désarmés mais aussi des pèlerins en route pour Kedarnath ou Badrinath. Le léopard évoluait sur une superficie de 700 km2 et pouvait traverser à la nage l'Alaknanda. D'une force phénoménale, il surprenait ses victimes dans les champs, voire les granges ; il était capable de traîner ses proies sur plusieurs kilomètres, ce qui rendait singulièrement difficile la recherche des corps déchiquetés.
Ayant déjà abattu des nombreux léopards dans tout le Garhwal, la réputation de Corbett le fit bientôt considérer comme un bienfaiteur et les habitants le supplièrent de s'attaquer à ce monstre, comme en témoignent les quelques lignes d'une émouvante pétition rédigée par un groupement de villageois :

« Nous, la population, nous trouvons en grande détresse. Par crainte de ce léopard, nous ne pouvons surveiller nos champs la nuit, si bien que les daims les ont presque entièrement saccagés. Nous ne pouvons aller chercher de l'herbe ou du fourrage et nous ne pouvons emmener brouter notre bétail... Votre honneur a tué beaucoup de léopards mangeurs d'hommes... Aussi, nous, la population, vous demandons de consentir à prendre la peine de venir ici et tuer le léopard (notre ennemi) et sauver la population de cette calamité. Pour cet acte de générosité, nous, la population, vous serons très reconnaissants et prierons que vous ayez longue vie et prospérité. »

Ce n'est qu'après dix longues semaines de patiente traque que Jim Corbett réussit à tuer le mangeur d'hommes.
Quand le fameux chasseur porta le coup fatal, ce haut fait fut mentionné – évènement rarissime – au parlement britannique qui reporta sa séance pour célébrer cette délivrance.

Depuis la ville de Ramnagar, le bus longe parallèlement le parc national. C'est une succession de villes et de villages poussiéreux et embouteillés qui s'étendent sur 200 kilomètres. Le ciel bleu a fait place à une brume qui cache continuellement l'horizon. La circulation est infernale et le bus effectue un slalom perpétuel, entre les voitures, les jeeps, les camions, les motos, les tracteurs, les chars à bœufs, les vélos, les piétons, les vaches et les chiens. Durant ces 11 heures de routes, pas une fois le chauffeur ne fera une manœuvre risquée ou aura un comportement agressif vis-à-vis de certains chauffards ou inconscients qui sont légions sur les routes indiennes.

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27.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 21 - Hari ?m Mâta Mary ! Le miracle est arrivée jusqu'à Ranikhet

CHRISTIANISME À L'INDIENNE

En visitant le Mall de Ranikhet, j'ai découvert une église catholique, d'architecture européenne, encore bien conservé qui date de 1899, l'époque du colonialiste. On y célèbre encore le dimanche matin la messe. Juste au-dessus de cet édifice, on a reproduit la grotte de Lourde avec les statues de Bernadette et de Marie la Vierge Immaculée, qui est enfermée derrière une vitrine.
À une centaine de mètres plus bas, une autre ancienne église a été érigée, mais celle-là, est aujourd'hui occupée par une organisation caritative destinée aux veuves de militaires. Sa boutique d'artisanat vend des textiles, des bibelots, des pickles et des confitures. À la place de l'ancienne sacristie, une banque s'est installée. Quand les affaires du ciel ne marchent plus, on s'en remet aux affaires terrestres, l'argent n'a pas d'odeur et les voies des comptes en banque du seigneur ne sont pas impénétrables.

En parlant du christianisme en Inde, Gandhi disait :

« Malheureusement, depuis 150 ans, le christianisme en Inde est mêlé d'une façon inextricable à la domination britannique. Il est devenu pour nous synonyme de civilisation matérialiste et d'exploitation impérialiste – exploitation des races faibles par la forte race blanche. L'influence du christianisme en est devenue purement négative. Mais en débit de ceux qui le professent, il nous a fait quelque bien ; les écrits des missionnaires chrétiens ont stigmatisé certains de nos abus et nous a forcé à réfléchir.»

Le message évangélique s'est diffusé à partir de son berceau originel, la terre d'Israël, non de l'Occident vers l'Orient, mais dans deux directions opposées, vers l'Europe d'une part et vers l'Asie de l'autre. Certaines régions d'Asie furent christianisées avant l'Europe, le cas des chrétiens syriens du Kerala l'atteste. Des apôtres qui avaient suivi Jésus, quelques années après la crucifixion, sont partis en direction de l'Inde apporté la Parole de Vérité du Maître de Sagesse de Galilée. C'est le cas de Thomas et de Barthélémy.

Les Hindous chrétiens du Kerala non pas été convertis au christianisme après l'arrivée du navigateur portugais Vasco de Gama. Leur religion n'a rien de moderne et remonte à l'origine du christianisme. La tradition indienne raconte qu'ils ont été convertis il y a de cela dix-neuf cent ans, par l'apôtre Thomas, celui que l'on nomme l' « Incrédule ». Thomas en faites était avec Marie-Madeleine, l'un de plus proches disciples de Jésus, il était son alter ego, en lui disant : « Je ne suis plus ton Maître, puisque tu as bu et que tu t'es enivré à la source bouillante d'où moi-même je jaillis. » Quand Thomas arriva dans le Sud de l'Inde, après être passé par Taxila et le Cachemire, la population lui fit un accueil aussi cordial que celui que Vasco de Gama devait trouver plusieurs siècles plus tard. Mais les intérêts du navigateur portugais étaient bien différents de ceux de l'apôtre du Christ. L'Inde à des moines chrétiens qui ont gardé la foi en leur Sauveur à travers une succession apostolique ininterrompue de deux mille ans.
Autre constatation, vous ne verrez pas en Inde, la représentation du Christ, cloué sur la croix, agonisant et sanguinolent. Les indiens n'auraient pas accepté de vénéré une idole torturée et moribonde. L'image la plus courante, est celle où Jésus montre son Cœur au milieu de sa poitrine, là où il faut chercher.

L'Inde a toujours été une terre d'accueil au point de vu religieux. Au début du 21ème siècle, ce pays comptait 830 millions d'hindouistes, 140 millions de musulmans, 24 millions de chrétiens, 19 millions de sikhs, 4 millions jaïns et 8 millions de bouddhistes.
Elle est le berceau de l'hindouisme, du bouddhisme, du jaïnisme, du sikhisme et de plusieurs religions tribales aux rites chamanistes et animistes. Elle accueille depuis plusieurs siècle l'islam, le christianisme, le zoroastrisme et le judaïsme, religions qui, quoique venues d'ailleurs, y ont fait souche et s'y sont indianisées.

Malheureusement, depuis quelques années, cette tolérance ancestrale, est en train de voler en éclat et se dégrader dangereusement. Des hindous modérés et progressistes assistent impuissants au détournement de leur religion par des hindous fanatiques, violents et sectaires, animés par une seule idée : s'emparer du pouvoir.
Mère Thèrèsa, Prix Nobel de la Paix, de son vivant en a fait les frais. Cette femme, défenseur des lépreux et des déshérités, a été critiquée pour avoir convertit au christianisme les hindous les plus pauvres. Elle leur a répondu d'une voix paisible et souriante :
« Je fais tout pour que l'hindou devienne un meilleur hindou, le musulman un meilleur musulman, le chrétien un meilleur chrétien.... Si vous appelez cela convertir, alors oui, je convertis. »

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26.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 20 - – Loin du bruit et de la pollution, forêts et montagnes sont devenues le refuge des Sages.

THE TIMES OF INDIA

Aujourd'hui, c'est jour de fête en Inde, c'est le jour de l' « Indépendance de la République Indienne ». Le temps est mitigé et la grande partie des magasins sont fermés, il n'y a pas grand-chose à faire aujourd'hui. Comme demain j'ai un long trajet en bus jusqu'à Haridwar, la ville sainte au bord du Gange, j'ai décidé de me reposer et de ne rien entreprendre de spécial. J'achète le « Times of India », un des plus gros tirage en Inde, afin de me reconnecter au monde, avant de retrouver Rishikesh où je vais passer la deuxième partie de mon voyage.

AVALANCHE KILL'S SWISS IN J&K'S GULMARG
Vendredi 24 janvier, un homme de nationalité Suisse a été victime d'une avalanche à Gulmarg, station de ski au Cachemire indien. Les secours sont intervenus, mais malheureusement le skieur Suisse n'a pas pu être sauvé.

Pourquoi venir mourir sous une avalanche en Inde, alors que nous en avons pleins en Suisse ?

$2'500 BAIL FOR BIEBER AFTER DRUNK DRIVING ARREST
Justin Bieber, 19 ans, a été arrêté par la police à Miami Beach en état d'ébriété au volant de sa voiture. Le juge la condamné à une amende de 2'500 $.

Si Justin Bieber regarderait www.uneparjour.org il aurait pu suivre mes conseils : « AFTER WHISKY DRIVING RISKY » « Conduire c'est risqué après un whisky »

FRENCH FIRST LADY HEADING TO INDIA TO BACK CHARITY
Son mari président crée de la pauvreté et sa première dame crée des œuvres de charité pour venir en aide aux pauvres !

J'ai l'impression de lire « Le Matin », si je continus je sens que je vais me déclencher une grosse déprime avant de retourner dans ce monde si charitable. Mais la dernière page du « Times of India » me laisse perplexe ! Une page entière de publicité est consacrée à Narendra Modi, le pire candidat possible du BJP, le parti nationaliste hindou. Ce populiste autoritaire deviendra Premier ministre de l'Inde si le BJP, principal parti d'opposition, remporte les législatives de 2014. Premier Ministre au Gujarat, Narendra Modi est l'artisan des pogroms antimusulmans qui ont ensanglanté sa région sous son gouvernement en 2002. Il est soupçonné de les avoir commandités ou tout du moins d'avoir laissé faire ; résultat final, près de 2000 personnes sont mortes.
Ces massacres – peut-être en Inde les premiers de l'ère de la retransmission télévisée en direct – ont provoqué un type de réaction différent de la part des minorités : utiliser les bulletins plutôt que les balles. Une prise de conscience a eu lieu dans la population indienne modérée ; au lieu de s'abstenir simplement de voter pour le BJP, les gens se sont mis à voter pour le parti le mieux placé pour battre le BJP.
Cette page de publicité pour ce nationaliste me fait penser à nos partis nationalistes européens et suisses. Ils promettent tous la même chose afin de toucher un maximum d'électeurs assez crédules pour croire en des promesses que ces ordures ne tiendront pas : Lutter pour la corruption, lutter contre l'inflation, pour un gouvernement fort, pour la sécurité dans le pays, pour une éducation pour nos enfants, pour l'emploi des jeunes, pour l'honneur des femmes, pour la prospérité et la force de l'industrie indienne, etc.... La seule chose qu'il ne parle pas c'est de l'asile. L'Inde ne possède en fait aucune loi sur les demandeurs s'asile.

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25.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver Indien - 19 - Manœuvre militaire d'une unité du régiment du Kumaon

RANIKHET, PASSE COLONIAL, PRESENT MILITAIRE

Ranikhet, dernière étape de mon escapade hivernale dans la région du Kumaon, avant de redescendre vers des cieux plus cléments au niveau de la température.
Ranikhet est une station climatique à 1849 mètres d'altitude. En quête de fraîcheur au plus fort de l'été, les Britanniques avaient construit des stations climatiques sur les contreforts de l'Himalaya. Certaines d'entre elles, ont survécu à l'Empire et conservé un cachet colonial et c'est le cas de Ranikhet.

Ici le paysage est superbe, tout à fait typique des montagnes himalayennes, couvert de cèdres déodars, de majestueux cyprès, de pins centenaires et de chênes. De Ranikhet, la vue sur les cimes neigeuses de la Nanda Devi (7816 m.), du Tsishul (7120 m.) et dans le lointain du Panchachuli (Cinq Cheminées) est encore plus éblouissante. (Même si je suis frustré au point de vue photo, forte luminosité et ciel voilé.) Ce n'est pas un hasard si dans les alentours, cette nature à receler dans le passé des abris et des refuges pour les sages, notamment à une trentaine de kilomètres, la grotte du célèbre Yogi Christ Babaji, le Maître immortel qui a initié en 1861, le grand adepte Lahiri Mahasaya.

Aujourd'hui Ranikhet, ce n'est pas la sagesse qui domine la ville, mais plutôt la force, car elle accueille en son sein le régiment du Kumaon. Partout les militaires sont présents et il est difficile de savoir ce qui est autorisé de photographier et ce qui ne l'est pas, la police militaire est présente partout et mon appareil photo constitue un sujet d'interrogation et des regards soupçonneux.

Je me souviens en 1999 d'avoir rencontré à Rishikesh un militaire de ce régiment qui effectuait un pèlerinage durant une permission, après s'être battu à Kargil dans l'un des nombreux conflits qui opposent l'Inde et le Pakistan. Les deux armées s'étaient affrontées pour un bout de rocher, dans une région montagneuse recouverte de neige située entre le Cachemire, le Pakistant et le Ladakh. Cette bataille de Kargil avait été un véritable massacre pour les deux belligérants et avait marqué les esprits, tant du côté indien que pakistanais. Le cinéma bolywoodien s'est même emparé de cet épisode tragique pour en faire un film célèbre à la gloire de ces soldats qui se sont battus héroïquement pour un bout de caillou dédié à la grandeur de l'Inde.
Le militaire, tireur d'élite dans son régiment, avec qui j'ai partagé un chai, n'avait rien d'un héros. Il y avait de la tristesse dans son regard, marqué de temps en temps par de long moment de silence. Il devait retourner dans la région de Kargil, ça ne l'enchantait guère car là-bas, ce qui se passait, ce n'était pas du cinéma.

Depuis la déchirure de l'Inde en deux, puis en trois lorsque le Bangladesh naquit dans le sang, le Pakistan est l'ennemi héréditaire. Inutile ici de discuter. Le matin, quand ils vont au toilette faire leur besoin, les indiens disent : « Je vais au Pakistan.»

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24.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiiste - Un hiver indien - 18 - Alors chef, qu'est-ce que tu nous mijotes aujourd'hui ?

GOODBYE, MISTER SHAH

C'est le départ d'Almora, je quitte le Kailas Hotel et son sympathique propriétaire Mr. Jawarhar Lal Shah. J'en avais fait ma base, laissant ma valise dans ma chambre afin de n'être pas trop chargé pour visiter la région du Kumaon dans l'Uttanranchal. Ce n'est pas facile de devoir dire adieu à une personne âgée de 96 ans qui se trouve proche du Grand Voyage. En tout cas je lui souhaite d'arriver centenaire comme son vieil hôtel qui porte le nom d'une montagne considéré par les Hindous comme la demeure de Shiva, le Kailkash au Tibet. Je rêve d'en faire un jour le tour avec les pèlerins tibétains, mais pas dans les conditions actuelles. Tant que la Chine aura la main mise sur le Tibet il n'est pas question que je mette un pied dans ce pays occupé.
Le Kailas hôtel porte les traces d'un passé qui n'a pas dû être triste. Il n'y a qu'à voir les peintures qui ornent les murs que les clients ont laissés. Pour certaines, copies de pochettes de 33 tours des années 70, pour les autres celles des dieux qui peuplent les montagnes de l'Himalaya, des paroles d'Amour et de Sagesse et des compliments pour l'amabilité et la gentillesse de Mister Shah qui a marqué ses hôtes par son ouverture d'esprit et sa bonté qui se lit sur son visage. C'est peut-être le seul banquier au monde que je connaisse qui me parait sincère et honnête, il mérite tout le respect, car sa confrérie ne peut pas en dire autant.

Mr. Shah me présente le portrait de son père. « Il est mort » qu'il me dit. Si le père était encore vivant et que son fils à 96 ans, alors là, je leur demanderais la recette de l'élixir de longue vie, et j'en achète tout de suite un litre.

Je suis venu à Almora pour deux raisons, premièrement c'est que c'est une des seuls régions des contreforts de l'Himalaya que je ne connaissais pas, et la deuxième, c'est ici, non loin de Kasar Devi Temple, où médita Swami Vivekananda, que passa une partie de sa vie le Lama Govinda, auteur du livre « Le Chemin des nuages blancs ». J'ai visité un petit temple tibétain qui lui est en parti consacré, en tout cas son portrait trônait en compagnie d'autres personnalités religieuses tibétaines. J'aime voir les endroits où des personnages qui m'ont marqué, ont vécu, afin de sentir l'esprit du lieu, de comprendre pourquoi ils sont venus s'installer dans cette région, qu'est-ce qui a pu les inspirer, etc. J'ai été rarement déçu, car j'ai trouvé souvent des réponses à certaines de mes interrogations. Cherche et tu trouveras, dit l'adage.

Grâce à eux, je n'ai pas découvert l'Inde des guides touristiques, mais une autre Inde, celle qui peut encore vous faire rêver. Il suffit de vous brancher sur certaines longueurs d'onde et de temps en temps vous recevez un message « apporté par le Vent des Himalaya».......
Grâce à tous ces mystiques, ces Maîtres de Sagesse, ces écrivains, ces explorateurs, ces peintres, ces aventuriers, j'ai parcouru le Cachemire légendaire qui recèle encore bien des mystères, le Ladakh, où seul, j'ai assisté à la danse des Mystères durant 2 jours dans la vielle gompa de Chamray, le Spiti, le Kinnaur, Shimla, ancienne capital d'été de l'époque coloniale, Mac Léod Ganj, résidence du Dalaï Lama et du Gouvernement tibétain en exil, la vallée de Kullu et notamment Naggar, où vécurent Héléna et Nicolas Roerich, une vallée où les esprits sont encore en activités, Rishikesh, Gangotri, Katmandou, Darjeeling, Kalimpong, Bénarès la sainte au bord du Gange, Jaisalmer au Radjasthan, etc.
Tous ces voyages m'ont fait découvrir un autre univers, un autre monde que je ne soupçonnais pas et ont changé ma perception et ma vision de l'esprit qui ont conditionné ma vie. Mais tout cela c'est personnel, on ne commente pas son voyage intérieur. Il y a autant de religions qu'il y a d'hommes et de femmes sur terre, chaque ?tre humain à son Chemin à parcourir, c'est à chacun de découvrir la voie qui le mènera vers l'Esprit de Vérité. Ce qui touche le Cœur, on le garde pour Soi, car s'y on se mettait à parler les gens ne vous croirais pas et vous passeriez pour un illuminé, sujet à la moquerie des imbéciles qui eux, ont tout compris et de haine pour ceux qui en ont fait un commerce.

Parler beaucoup est source de danger
Le silence est le moyen d'éviter l'infortune.
Le perroquet bavard est enfermé dans une cage,
D'autres oiseaux ne sachant pas parler volent partout librement

Trésor Précieux des Discours Elégants, Stance 118

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23.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 17 - Erotisme d'un temple sacre, erostisme de la publicite

EROTISME EPICE À L'INDIENNE

Pour ma dernière journée à Almora, je m'en vais flâner à Lalal Bazaar, une rue piétonne bordée de devantures richement sculptées, qui constitue un lieu de promenade agréable. Mes pas me mènent jusqu'au Nanda Devi Temple, datant de la période chand, qui est couvert de sculpture, dont certaines à caractère érotique à faire rougir une grenouille de bénitier.

C'est un paradoxe, l'Inde réprime la sexualité comme peu d'autres sociétés dans le monde, mais nombres de ses temples vénèrent l'érotisme et l'ont immortalisé dans la pierre.
Nous habitons la « Région du Désir », cette planète où ce sentiment, pour notre malheur, règne en maître. Les bouddhistes, particulièrement, l'affirment : Désir des biens du monde, désir de puissance et d'argent, désir d'immortalité, désir aussi du corps de l'autre. Notre but dans cette existence est justement de vaincre le désir, de se détacher de ce matérialiste qui nous emprisonne afin de nous délivrer de la souffrance.

« La roue est brisée. Le plan sans désir est atteint
Le lit du fleuve est à sec, l'eau ne coule plus
La roue brisée ne tournera plus
Ceci est la fin de souffrance. »
Udâra Sutta

Rien d'étonnant si Kama, la divinité de l'amour, à la fois cosmique et sexuel, est un des dieux les plus puissants et les plus anciens de l'Inde. Le Rig-Veda, le plus ancien texte rédigé en sanscrit, assurent même qu'il est le plus puissant des dieux.
L'Inde est aussi le pays des traités d'amour, dont le plus célèbre, le Kâma Sûtra. C'est sous l'empire de la dynastie Gupta (milieu du 2ème siècle apr. J.-C. – 585), apogée de l'Inde classique qui vit l'énigmatique Vâtsyâyana compiler cette antique traité de l'art d'aimer. C'est dans un univers oisif et raffiné où la bourgeoisie urbaine se vouait, avec ses serviteurs, entremetteurs, eunuques et prostituées, à réaliser tous ensemble, « Les trois but de la vie » : La Vertu (Dharma), la Prospérité (Artha) et l'Amour (Kâma), soit la vie rêvé d'une civilisation saturée de religion.
Bien loin d'un livre pornographique ou ésotérique, comme on le croit, le Kâma Sûtra se veut une étude « technique » des soixante-quatre positions de l'amour physique, hétérosexuel, impartial et systématique de cette dimension essentielle de l'existence. Les Indiens du 21ème siècle s'abreuvent encore de cette grande œuvre de civilisation.

Pour ceux qui sont blasés et qui ont déjà expérimenté le Kâma Sûtra Suisse, c'est-à-dire les positions du missionnaire, de la levrette, de la brouette et de la raclette, voici quelques façons d'épicer à l'indienne vos folles nuits d'amour.

Le bas du corps de la femme qui soulève ses cuisses est pris de travers par le garçon qui la pénètre ; c'est ce qu'on appelle la Grande Ouverture.

Entourant les flancs de la femme avec ses deux cuisses, les genoux sur le côté, il l'élargit. Cette posture exige de la pratique est appelé la Reine du Ciel.

Le garçon est debout, adossé contre un mur. La fille s'assied sur le siège formé par ses deux mains. Entourant son cou de ses bras, elle déploie ses jambes le long du mur, l'emprisonnant entre ses cuisses. C'est la Posture Suspendue.

Tenant enlacée par-derrière la femme qui lui tourne le dos, il la retourne. C'est la Tournante, qui demande de la pratique

Et pour terminer, la Pose du Clou, avec une jambe sur la tête et l'autre en extension, le garçon la pénètre. Mais attention cette position nécessite une certaine expérience, au risque de vous retrouver bloqué. La tête de votre assureur quand vous lui annoncez que vous êtes en arrêt de travail maladie à cause de la Pose du Clou.

« Je salue aussi les anciens sages qui ont exposé les conceptions de leurs temps concernant notre sujet (...) Parmi eux, Nandi, le compagnon de Shiva, mit à part les mille chapitres concernant la sexualité créant le Kâma Sûtra. »

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22.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 16 - Jeune paysanne de Baligath

EN LONGEANT LA RIVIERE

Ce matin je décide de quitter les bruits assourdissants de la ville pour aller me promener dans la campagne environnante de Bageshwar. Depuis ma chambre d'hôtel, j'ai repéré un village qui est à environ 5 km et j'en fais le but de ma ballade. Pour y arriver il faut suivre la rivière Gomti par des petits chemins qui traverse des champs en escalier. Je pars toujours au hasard, je choisis en général un point qui domine la vallée, qui est souvent un temple ; quand je ne suis pas sûr du sentier que j'ai emprunté, je montre le temple à une personne que je rencontre et elle me m'indique le bon chemin. Les gens sont contents de t'indiquer le chemin et pour moi c'est rassurant, et même si on ne parle pas la même langue c'est un petit moment d'échange. Quand on part au hasard on ne peut pas être déçu puisque l'on s'attend à rien. Dès qu'on est loin du bruit des klaxons la campagne devient un vrai havre de paix.

Arrivé à environ 1 km du village de Balighat, j'aperçois les toits colorés d'un temple qui se trouvait sur une presqu'île de la rivière. Un prêtre était sur le balcon, il m'aperçoit et me fait signe de venir. Il m'indique le chemin que je dois prendre pour le rejoindre. Arrivé à la porte du temple je me déchausse, et constate qu'à part les deux prêtres, il n'y a que des femmes qui font leurs dévotions. Dans l'enceinte il y a plusieurs petits temples qui renferment chacun un dieu ou une déesse, le dévot va rendre son culte dans le temple où trône son dieu favori. Les Hindous pensent qu'être en présence d'un homme saint, d'un dieu, ou bien voir l'un ou l'autre, les toucher, leur rendre hommage, suffit à vous conférer une partie de leurs vertus.

Comme à chaque fois, je demande au prêtre à quelle divinité le temple est consacré. Il me répond que ce lieu sacré est dédié à la déesse Devi, épouse de Shiva. Décidément je fais tous le tour de la famille du dieu Shiva, après avoir connu sa mère au mont Dhwaj à Pithoragarh, voici maintenant son épouse qu'on me présente.
Je dois avouer que je m'y perds un peu dans la cosmogonie hindoue, pour quelqu'un qui n'a pas baigné dans ce monde de dieux et de déesses depuis sa tendre enfance, il n'est pas facile de s'y retrouver. Et puis l'hindouisme, est l'une des plus vieilles religions du monde, elle n'a pas de fondateur humain, même légendaire. Cette religion repose sur un vaste corpus de textes nommé : Véda. Ces textes sont réputés avoir été exhalés par l'Absolu (Brahman) à l'origine des temps et « entendu » par des sages appelés rishis, qui l'auraient ensuite transmis de bouche à oreille à leurs disciples.
À la différence de notre religion chrétienne, elle ne comporte aucun article de loi auquel les fidèles seraient tenus de croire sous peine de tomber dans l'hérésie. L'Hindouisme ne s'organise pas en une Eglise avec à sa tête un personnage comme le pape ou le dalaï-lama, elle n'a pas de hiérarchie. On compte aujourd'hui plus de 800 millions de personnes adeptes.

Après la visite de Devi Temple, je continus ma promenade et arrive à un petit hameau d'une dizaine de maisons. Voyant un magasin je m'arrête et demande s'ils ont du chai (Thé au lait épicé). Il s'empresse de me faire assoir et m'apporte au bout de quelques minutes mon thé. Il était délicieux, le meilleur que j'avais bu jusqu'à présent. Je sors mes roupies pour payer et l'homme me dit que c'est offert et qu'il refuse mon argent. Devant ce geste je suis confus et le remercie. Que de bonnes vibrations ! Que de bonnes vibrations !

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21.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 15 - La semeuse

SEUL AU MILIEU DE LA MULTITUDE

Voilà bientôt 15 jours que je suis arrivé en Inde et je n'ai rencontré que trois touristes étrangers appartenant à ma race. En faites, je les ai entrevu, car ils étaient en train d'admirer un magasin de casseroles dans le bazar d'Almora, je n'ai pas voulu les déranger. Pas le moindre touriste occidental dans tout l'Uttaranchal, c'est assez surprenant, mais je suis le dernier à me plaindre de cette situation. Il faut dire aussi que tous les endroits que j'ai visités dans l'Uttaranchal ne sont pas adaptés au confort que recherche en général le touriste venant de pays européens ou nord-américains pour ne citer qu'eux.

Par exemple je n'ai trouvé qu'une seule banque dans toute la région, qui changeait mes francs suisses. La ICICI BANK d'Almora est la seule qui change la monnaie, la Bank of India, ne change que les Traveller chèque. Quand j'ai effectué mon change, on aurait dit que c'est la première fois qu'ils voyaient des francs suisse. Il m'a fallu trois quart d'heure pour changer 200 frs. Trois personnes ont trituré mes 2 billets pour voir s'ils étaient authentiques. Mais par contre tout le monde a été très aimable et très gentil en s'excusant pour toute la paperasserie qu'il me faisait subir. J'étais déjà content d'avoir trouvé une banque qui veuille bien faire le change car j'aurais dû écourter mon voyage dans l'Uttaranchal car je n'avais pas assez changé à Delhi. Le voyage nous apprend aussi à être patients.

Autre difficulté pour le touriste qui ne voyage pas en « bande organisée », c'est que tout est indiqué en hindi. Ici, à Bageshwar pas le moindre panneau inscrit en anglais. Les menus sur les cartes sont tous inscrits en hindi, si vous ne connaissez pas les plats indiens vous êtes mal barrés. Il y a 20 ans, j'aurais eu du mal à me faire à cette situation, mais heureusement j'ai évolué dans ce sens-là. Le grand progrès que j'ai fait, c'est de m'être adapté à la cuisine indienne et de l'apprécier. Avant j'étais « Continental food », je n'aurais pas tenu une semaine dans l'Uttaranchal. Aujourd'hui, dans un dhaba j'ai voulu essayé un plat à base de pommes de terre que je ne connaissais pas. Le cuisinier m'a averti trois fois qu'il était très fort car il contenait beaucoup de chili. Pour qu'un indien t'avertisse que le plat est fort, c'est qu'il doit vraiment être fort. Il était effectivement très fort, mais j'ai fini mon assiette. Après ça il ne faut pas embrasser votre partenaire, sinon vous lui brûler l'œsophage, faites exploser son estomac et lui pulvériser la tuyauterie et le pot d'échappement.

Par contre les avantages, c'est que les hôtels ne sont pas chères à cette saison. Le prix le plus élevé que j'ai payé c'est 7,10 frs et c'est l'hôtel « Uttaranchal Deep » « All types Rooms Are Available » à Pithogararh. Il ne faut pas être regardant sur la qualité des chambres qu'on vous offre, mais apparemment les indiens apprécies ce genre d'établissement, du moment qu'ils ont la télé.
Justement il se fait tard et mon moment de distraction, c'est l'heure de mon zapping sur les chaînes indiennes. Il y a tous et n'importe quoi. Si la télévision c'est le reflet de cette société indienne, je comprends pourquoi les Grands Sages sont partis se réfugier dans les recoins les plus reculés de l'Himalaya.

« Dans le désert, la jungle ou sur les hautes montagnes, l'adepte trouve la paix lui permettant la contemplation sans interruptions extérieures » Sirdar Ikbal Ali Shah

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20.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste -Un hiver indien - 14 - Le sommeil, c'est sacre pour une vache

JOUR DE FETE À BAGESHWAR

Bageshwar est une agréable petite ville se trouvant au fond d'une vallée qui se situe au confluent de la Gomti et de la Sarju. C'est une ville où tout au long de l'année des pèlerins indiens viennent se recueillir dans l'ancien Bagnath Temple, un temple de pierre consacré au dieu Shiva, ornés d'impressionnantes sculptures. Important carrefour de transport, cette agglomération possède aussi des ghats (marches au bord de la rivière) où le pèlerin vient y faire ses ablutions. Des crémations ont lieu à l'endroit où les deux rivières se rencontrent, l'eau et le feu sont deux symboles indissociables de la vie religieuse de l'hindoue, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Qui dit pèlerins, dit aussi « marchands du temple », plusieurs bazars sont éparpillés dans toute la ville.

Ce que j'ignorais en arrivant à Bageshwar, c'est que la ville était en ébullition, car avait lieu l' « Uttrayani Mela Festival » une des plus importantes fêtes qui se déroule chaque année à la fin janvier. La ville était envahie par des milliers de personnes venant de tous les coins de la région. Les marchands avaient installé leurs étales partout dans la ville tandis que les bords de la rivière étaient squattés par une centaine de camelots qui avaient étalé leurs babioles partout où le terrain le permettait. On avait aménagé deux ponts pour rejoindre l'autre rive, contrôlée par la police, qui réglait le mouvement de foule qui s'agglutinait dans le désordre pour se rendre au « Luna Park » où les diverses attractions foraines les attendaient. Se déplacer dans cette multitude était particulièrement difficile.

Après avoir trouvé une chambre à l'hôtel Annapurna, (300 roupies, 4,80 frs) je suis allé faire un tour dans cette foire. Inutile de dire qu'une des grandes attractions de cette fête ce fut moi. Seul touriste étranger au milieu de ces milliers d'indiens, je ne suis pas passé inaperçu. Beaucoup d'Indiens voulaient se faire photographier en ma compagnie. On m'interpellait de partout, me demandant: «You comme from ?», « Switzerland », « Oooh ! Switzerland, very beautiful country». Les plus jeunes se moquaient de moi, les vendeurs voulaient me vendre leurs camelotes et les saddhus me courraient après me demandant « bakchich ! bakchich ! ». Par contre une chose m'a étonné, parmi toute cette masse, je n'ai vu qu'un mendiant qui se trouvait devant l'entrée du temple de Bagnath, qui ne quémandait même pas l'aumône, se contentent d'attendre qu'on lui donne une piécette dans le bol qui se trouvait devant lui.
En fin de compte j'étais heureux de me trouver dans cette foule bariolée, m'amusant de les voir s'amuser, de me dire qu'ils en ont de la chance de pouvoir encore se divertir avec cette candeur qui leur est propre. Mais pour combien de temps ? Leurs enfants, ont déjà un pied dans ce monde illusoire du marché de consommation dans lequel, nous autres occidentaux, avons vendu nos âmes au diable !

« Mais il doit apprendre qu'accumuler n'est pas réaliser. Ce qui le révèle à lui-même, c'est la lumière intérieure, et non les objets extérieurs. » Rabindranâth Tagore

Le lendemain, je suis retourné voir les attractions au « Luna Park »; il y avait moins de monde que la veille. Les fêtes foraines indiennes, c'est quelque chose d'incroyable. Moi qui viens d'un pays où pour ce genre d'activité les contrôles de sécurité sont d'une rigidité maladive, ici, en Inde, un fonctionnaire de l'Etat du canton de Vaud responsable de la sécurité, s'il voyait l'état des différents manèges, il demande immédiatement sa retraite anticipé, retire son deuxième pilier, va s'acheter un appartement dans les montagnes valaisannes pour pouvoir promener son chien qui laisse des merdes partout dans la rue du vieux village, pendant que sa femme regarde à la télé « Top Modèle » en se demandant si Brook, la quarantaine passée, enceinte du mari de sa sœur, va avoir une fille ou un garçon, ou peut-être des jumeaux.
Je suis moi-même sidéré par l'état du matériel sur lequel les indiens se divertissent. Et pourtant ça tourne, ça grince, mais ça tourne, ça branle, mais ça tourne, c'est rouillé, mais ça n'empêche pas de tourner. Il y a des forains qui ont des génératrices pour faire tourner leurs installations, d'autres qui sont branchés sur le réseau électrique de la ville. Comme il y a souvent des pannes de courants, ceux qui sont branchés sur le réseau, font moins d'affaires, car ils ont leurs attractions souvent immobilisées. Les gosses déjà installés, attendent que ça démarre ! Au bout d'un moment les parents perdent patience et retirent leurs enfants du manège demandant à être remboursés. Et c'est le commencent des palabres avec le forain. Les plus heureux sont ceux qui ont des manèges pour les petits, les carrousels n'ont pas de moteur, donc ils les tournent à la main, comme ça au moins ils ne risquent pas de tomber en panne.

J'ai eu envie à un moment donné de trouver un lieu calme. Je suis donc allé me promener sur la colline qui domine la ville et sur laquelle se trouve un temple. En montant, j'ai rencontré des policiers qui surveillaient à la jumelle le secteur où se déroulait la fête. Ils surveillaient d'éventuels trafiquants ou fauteurs de troubles, en les signalant à leurs collègues qui se trouvaient dans la foule.
Je me suis assis près du temple où l'on pouvait admirer une partie des majestueuses montagnes himalayennes, appréciant le calme qui régnait autour de moi. Ensuite je suis retourné à l'hôtel.
Durant une panne d'électricité, je suis descendu boire un chai dans le dhaba juste à côté de l'hôtel. Je regardais la colline où l'après-midi j'étais allé me promener. Une vingtaine de rapaces tournoyaient au-dessus de l'endroit où j'avais contemplé les montagnes, j'étais intrigué par le comportement de ces oiseaux de proie. Les indiens se sont mis eux aussi à regarder la colline en pointant leurs doigts en-dessous du vol des rapaces : un léopard des neiges et deux de ses petits venaient d'apparaître furtivement.

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19.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 13 - Le grand frisson a la fete foraine de Bageshwar

NEIGE ET VERGLAS SUR ALMORA

Il a neigé durant la nuit sur Almora, une neige lourde qui a causé pas mal de dégâts, notamment aux arbres, cassant leurs branches sous le poids de la neige. S'ajoute à cela, une panne d'électricité qui depuis douze heures, paralyse la ville. Toute la nuit, les génératrices qui alimentent les principaux bâtiments administratifs, dont l'hôpital, nous ont bercés de leurs chants mélodieux.
Les coupures d'électricité sont très fréquentes en Inde, en tout cas dans la région où je me trouve en ce moment, c'est pratiquement tous les jours, surtout à la tombé du soir, quand la demande énergétique est très forte. L'Inde est un gros consommateur d'énergie électrique, le milliard d'indiens évoluent et devient de plus en plus gourmand. Cette nouvelle société de consommation émergeante, si elle ne se calme pas, risque d'avoir à résoudre des problèmes qui, dans un futur proche, deviendront insolubles.

Ce matin, je quitte à nouveau le Kailas Hotel. Partant pour Bageshwar, je vais saluer Mr. Shah afin de régler les formalités, il me dit de garder la clé de la chambre et pour le paiement on verra dans 4 jours, après mon retour. (J'ai une pensée pour les hôteliers suisses, sourire commerciale, complet veston qu'une flatulence risque de péter les coutures de leurs pantalons). Arriver près de la zone taxi, il y avait du monde qui se pressait autour des véhicules. Ce n'était pas pour prendre le taxi, mais pour recharger leurs téléphones portables sur l'allume-cigare, vu que la coupure d'électricité n'était pas terminée. Mon conducteur avait un branchement pouvant alimenter cinq téléphones portables.
Autre souci, la route ce matin était partiellement enneigée, voir à certains endroit gelées. Vu l'état des pneus de quelques-uns des véhicules, je me suis posé la question : « À quelle divinité devais-je m'en remettre ? » Sur le tableau de bord de mon taxi, trônait un Ganesha vert fluo devant lequel brûlait un petit bâton d'encens. La cause était entendue, je décide de remettre ma vie entre les mains de Ganesha pour ce voyage de 80 km vers Bageshwar. D'autant plus que Ganesha, le dieu à tête d'éléphant et au corps d'homme est « Celui qui efface les obstacles ». Sa devise est « No problem ». C'est un dieu bienfaisant et très populaire, qui est invoqué par ceux qui se déplacent sur les routes, par les marchands, les caravaniers, mais aussi les voleurs qui sont perpétuellement en danger.
Quoi qu'il en soit, l'effet Ganesha commençait à porter ses fruits, quelques rayons de soleil perçaient la brume matinale et venaient réchauffer le bitume enneigé. Les premiers dix kilomètres furent épiques car nous devions monter dans une forêt qui avait subi bien des dégâts, le petit col qui mène à Devi Kazar toujours dans l'ombre, n'avait pas encore totalement dégelé. Certaines voitures patinaient, d'autres se mettaient de travers et certains véhicules étaient immobilisés au milieu de la route, leurs chauffeurs tétanisés par la peur.
Si l'enneigement de la route était le côté négatif de la situation, le côté positif était que tout le long du parcours, les indiens construisaient des bonhommes de neige, dont certains étaient décorés comme des divinités. Une grande partie des indiens sont de grands enfants, un rien les amuse. Cette neige tombée durant la nuit était pour eux un évènement et la joie s'exprimait sur leur visage, malgré toutes les difficultés qu'elle pouvait engendrée. Chez nous c'est le contraire, dès qu'il nous arrive quelque chose qui perturbe notre quotidien, on pousse la gueule, moi en premier. Chaque fois que nous passions devant un bonhomme de neige, notre chauffeur klaxonnait et l'on nous répondait par de grands signes amicaux.
À partir de 1000 mètres d'altitude, il n'avait pas neigé, la route devint agréable. À part un des passagers à l'arrière du taxi qui a pratiquement vomi tous les 10 km sur fond de musique bollywoodienne, le trajet c'est très bien passé. No problem, merci à Toi Ganesha.

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18.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 12 - AFTER WHISKEY DRIVING RISKY Conduire c'est risque apres un whisky

GOOD LUCK IN THE ROAD

Les trois choses dont il faut savoir en Inde quand on part voyager en voiture, c'est : « Good horn, good brakes and good luck » ce qui signifie « Un bon klaxon, de bons freins et de la chance ».

Rouler sur les routes indiennes est un spectacle permanent et toujours un départ pour mille surprises. Cette année, j'ai opté pour les petits taxis Susuki plutôt que les bus encombrés qui s'arrêtent tous les kilomètres pour prendre des passages et qui entament les descentes vertigineuses sur-bombés.
Quand vous prenez le bus dans les montagnes indiennes, éviter de vous assoir à côté d'une femme, non pas par misogynie, mais parce que vous pouvez être sûr que dans les premiers virages, elle va vomir. C'est pour cette raison qu'elles se mettent toujours près des fenêtres et c'est peut-être la seule fois où les hommes sont galants et se déplacent vers le siège central. Vous observez un bus arriver à la gare routière, vous pouvez être sûr qu'il est crépi de vomi, mais chez les indiens c'est tellement naturel. Sur la route de Pithoragarh, mon taxi a embarqué une famille qui se rendait à un pèlerinage 10 km plus loin. À peine partie, l'enfant vomissait sur les genoux de sa mère, et 1 km plus loin s'était la grand-mère, tout ça sur fond de musique bolywoodiennnes.

On compte en moyenne 80 000 morts sur les routes indiennes par an. Pour éviter et prévenir les accidents le gouvernement a recours à un jargon publicitaire en mariant une forme populaire et à des visées didactiques. Ses bons conseils figurent tantôt en traits de pinceau jaunes sur des roches sombres, tantôt en lettres blanches sur des panneaux bleus. Je vous en donne un florilège :

LIVE FOR TODAY, DRIVE FOR TOMORROW - « Vivez le jour présent, conduisez en pensant à demain. »
KEEP YOUR NERVE ON A SHARP CURVE - « On se calme dans le virage en tête d'épingle ».
ACCIDENTS BREEDS WHEN YOU OVERSPEED - « Les accidents se multiplient quand sur le champignons tu appuies ».
MOUTAINS ARE A PLEASURE ONLY IF YOU DRIVE WITH LEISURE - « La montagne c'est le pied, seulement quand tu le lèves ».
LICENCE TO DRIVE, NOT TO FLY - « Permis de conduire, pas de voler » (Juste au bord d'un précipice)
WATHT'S THE HURRY ? RELAY, ENJOY AND PROCEED – « À quoi bon courir ? Sois zen, profite et ciurcule.

Sur les routes on rencontre énormément de camions qui approvisionnent les vallées reculées. Les camions, fleuris et peints, crachent une fumée abominable et leur moteur pétarade lourdement en donnant l'impression qu'il va caler à chaque changement de vitesse. Les chauffeurs sont généralement courtois, de la main ils font signe d'attendre ou de passer. À l'arrière du camion qui roule devant vous, souvent deux mots reviennent assez fréquemment, peint en lettres majuscules « HORN PLEASE » « Klaxonnez, s'il vous plaît ». Et mont taxi ne se gêne pas d'utiliser son klaxon puisqu'on lui demande si gentiment.
Il n'est pas rare, de rencontrer sur le bord de la route, des camions renversés ou bien en panne, l'essieu cassé tellement ils sont chargés. Très souvent les chauffeurs essayent de réparer eux-mêmes. En plein milieu de la chaussée, ils font une barrière de pierre autour de leur véhicule et travaillent pendant des heures, les pièces du moteur éparpillés autour d'eux espérant réparer avant la nuit. Parfois ça marche.

Je suis de retour à Almora, j'y avais laissé une partie de mes affaires au Kailas Hotel. Monsieur Shah m'a dit avant de partir pour Pithoragarh « Ferme la porte de ta chambre, prends les clés avec toi et tu me payeras quand tu reviendras ». La dessus il me tend une petite fleur rouge et me souhaite bon voyage. (Une petite pensée à nos hôteliers suisses, si commercialement aimable !)

La neige tombe sur Almora

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17.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 11 - Petard du matin, reveil le pelerin

INTERLUDE

« En quittant son propre pays et demeurant en terre étrangère, l'on doit acquérir la connaissance pratique de non-attachement » (Auteur inconnu)

Il est particulièrement difficile pour un occidental, d'être loin de ses proches et de ne pas avoir de nouvelles d'eux. Mais heureusement, aujourd'hui, il a internet qui vous permet de recevoir et d'envoyer des mails et par conséquent être au courant de ce qui se passe chez vous dans l'heure qui suit. Voilà plusieurs jours que je suis en Inde, et tout naturellement j'ai envie d'avoir des nouvelles de ma famille qui est restée en Suisse. Je me rends donc dans un Internet Café.

Voilà donc que je commence par introduire Madame Hotmail dans mon moteur de recherche. Quelques secondes plus tard, apparaît Monsieur Outlook, qui depuis quelques mois a épousé Madame Hotmail et qui vive sous le même toit pour le meilleure et pour le pire. Monsieur Outlook, très poliment, me demande d'introduire mon adresse E-mail, puis de taper mon code. Il n'y a pas de problème, car voilà des années que j'effectue cette même opération. Quelques secondes plus tard, m'attendant à voir apparaître mes mails, je constate qu'il y a quelque chose qui cloche. Monsieur Outlook, très sérieusement me fait savoir : « Verify your account ». Bien, je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous vérifiez mon compte E-mail. Encore quelques secondes d'attente, j'ai le temps, je suis en vacances. Monsieur Outlook, me demande d'inscrire dans une case réservée à cet effet, les 4 derniers chiffres de mon téléphone portable. J'inscris les 4 derniers chiffres de mon téléphone portable, comme me le demande Monsieur Outlook. Je tapote sur « next ». Les secondes défilent, et Monsieur Outlook me prie d'introduire le code. Quel code Monsieur Outlook ? Monsieur Outlook, calmement, m'explique, que je dois introduire le code et les 4 derniers chiffres de mon téléphone portable. J'ai bien compris Monsieur Outlook, mais quel code je dois introduire ? Monsieur Outlook commence de perdre patience, et il m'explique, que le code vient d'être introduit sur mon téléphone portable.

- MONSIEUR OUTLOOK ! IL Y A UN PETIT PROBLEME, C'EST QUE MON TELEPHONE PORTABLE SE TROUVE DANS MA CHAMBRE À COUCHER EN SUISSE, ET QUE MOI, JE ME TROUVE DANS LES MONTAGNES EN INDE !!!!! EXPLIQUER MOI, COMMENT JE FAIS POUR SAVOIR QUEL CODE VOUS AVEZ INTRODUIT DANS MON TELEPHONE PORTABLE, JE SUIS À 8000 KM DE MA CHAMBRE À COUCHER ?

Monsieur Outlook ne pourra pas me répondre et me laisse désappointer devant cet écran imperturbable.

Monsieur Outlook, je pense que se serait plutôt à nous de « verify your account », car l'informaticien Edward Snowden,comme vous le savez, à confesser à la planète le joli rôle d'hyper-voyeur que joue la CIA et la NSA, en déclarant : « Je ne peux, en âme et conscience, laisser gouvernement américain détruire la vie privée, la liberté d'internet et les libertés essentielles pour les gens tout autour du monde avec ce système énorme de surveillance qu'il est en train de bâtir secrètement » Comme ça les américains, sous prétexte de lutter contre les terroristes, surveillent le globe entier via les réseaux sociaux. Monsieur Outlook, c'est pour vous donner bonne conscience, que vous décidez de « verify your account » au moment où je me trouve en Inde et que j'ai le plus besoin de mon compte E-mail.

Arrêtez vos conneries et arrêtez de nous prendre pour des idiots ! Ceci est aussi valable pour vos petits amis, les soi-disant géants de l'Internet, les Yahoo, Google, Facebook, Microsof, AOL, Youtube et j'en passe et des meilleurs qui sont également de sinistres collabos. Naturellement, tous démentent de peur d'y perdre des plumes, plutôt dire des milliards, et de voir leurs clientèles s'envoler.
Pour en terminer avec vos magouilleries, qu'est-ce qu'Edward Snowden sous-entendait quand il disait : « Vous ne pouvez pas savoir tout ce qu'il est possible de faire, l'ampleur de leurs capacités est horrifiante ». Je constate que l'avenir de nos enfants est entre de bonnes mains !
Le Seigneur est avec vous ! Et avec votre Esprit ! Que Dieu protège l'Amérique.

Vous avez rendu utile l'inutile, uniquement pour engranger du fric. Vous nous avez transformé en numéros, mais Monsieur Outlook, vous savez bien qu'un numéro ça n'a pas d'âme, qu'un numéro ça n'a pas de cœur. D'ailleurs Monsieur Outlook vous en avez un de cœur ? Vous avez les capacités et le pouvoir de communiquer avec nous en nous envoyant des conneries, mais nous, les numéros, quand on a besoin de vous, à quel numéro doit-on vous contacter ?

Moralité de cette histoire.

En faites Monsieur Outlook vous me rendez service. Les Sages de l'Himalaya nous disent : « Toutes choses qui peuvent sembler être des obstacles au développement spirituel peuvent être utilisées comme aide sur le Sentier. » Et pour cela, cette méthode est appelée « L'utilisation des obstacles comme aide sur le Sentier ».

J'ai beaucoup de choses à apprendre. Je voyage déjà sans montre, sans téléphone portable et maintenant sans E-mail. Je dois apprendre à me détacher de tous ces obstacles qui peuvent nuire à mon développement spirituel car il est dit : C'est quand la poule est au repos qu'elle produit beaucoup » Et quand on a la chance de pouvoir voyager, il faut profiter, l'esprit calme, d'acquérir des biens spirituels et se détacher des biens matériels.

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16.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 10 - Dans la montee du pelerinage de Sanjeev ki Akassnsha

PLUS C'EST HAUT, PLUS C'EST BEAU

Ce matin je me suis levé dans l'intention de gravir une montagne qui domine toute la vallée de Pithoragarh. C'est un lieu connu de pèlerinage et comme tout endroit sacré se situant en haut d'une montagne, on est sûr en principe de ne pas être déçu par la vue qui nous attend. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai pas pu profiter de la beauté de la chaîne himalayenne, toujours couverte de nuages, et je compte bien, vu le temps splendide, découvrir ses fameux sommets enneigés que l'on peut admirer sur une centaine de kilomètres.

Le départ du pèlerinage se trouve à 20 kilomètre de la ville, et comme toutes les indications sont en hindi, je me réserve la surprise de découvrir quelle divinité habite en haut de cette montagne. La montée est rude et particulièrement pénible à cause de la chaleur. Moi qui m'attendais à trouver cette année de la neige et du froid, je suis comblé, car j'ai l'impression d'être en été, même si les indiens n'arrête pas de me dire qu'il fait froid. Après une heure et demie de marche en solitaire, j'arrive enfin à destination. Après m'être déchaussé, j'entre dans la cour du temple et je suis pris par la splendeur du panorama et par les bhajans, chants sacrés pleins de ferveurs et de vénérations, qu'une dizaine de jeunes filles ont entonné. Le prêtre m'accueille et me dit que cet endroit s'appelle « Sanjeev Ki Akashsha » et qu'il est dédié à la Mère du Dieu Shiva. Ensuite il m'offre des fleurs, une banane et des sucreries et me présentent le temple. Quand je visite un temple hindou je suis toujours un peu gêné car je ne connais pas bien leurs rites et je ne sais jamais comment me comporter. Certaines fois, dans d'autres temples, le regard sévère du prêtre brahman me donnait pas envie d'entrer. Par contre ici je me sens bien. C'est un pèlerinage qui est très fréquenté par les femmes qui viennent rendre hommage à la Mère. Trois cent mètre plus bas, un autre temple s'élève, mais celui-là est dédié au Fils, le Dieu Shiva. Là, le prêtre, m'offrira des oranges et les servants du chai. Tous les gens que j'ai rencontrés là-haut ont été d'une gentillesse et d'une amabilité et je remercie Shiva et sa Mère de m'avoir fait découvrir cet lieu sacré.

Le seul petit regret, c'est que la luminosité était très forte, et les montagnes enneigées légèrement voilées ce qui ne permet pas de faire des photos de qualité de l'Himalaya. Il faudrait venir tôt le matin. Le soir c'est trop tard, les nuages sont de retour.

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15.01.2014 - Carnet de route d-un UPjiste - Un hiver indien - 9 - Un soutien-gorge, un slip, une jupe froissee, un maillot de corps, un pull en laine, des boudeilles d'alcool vides, du sang...... Tous les symboles apparents d'un viol.

UNE RENCONTRE TROUBLANTE

Ce matin je me suis levé avec une bonne résolution. Cette nuit, je me suis réveillé et mon subconscient m'a suggéré qu'il fallait que je mange des fruits. C'est important d'écouter son subconscient. C'est vrai que depuis que je suis arrivé en Inde, je n'ai pas mangé de fruits. Sachant que l'esprit est le créateur et le contrôleur du corps, quand il vous chuchote un bon conseil et bien on l'obéit. Dans notre vie stressée de tous les jours, on a perdu l'habitude d'écouter cette petite voix intérieure. On ne l'entend plus, et c'est bien malheureux, parce ça nous éviterais bien des traquas et nous pourrions éviter bien des maladies. (Et faire baisser nos assurances maladies).
Donc je suis allé au marché acheter des fruits. Je suis ensuite passé dans le dhaba très sympathique boire un Chai et manger quelques oranges et bananes. Ensuite j'ai décidé d'aller me promener au petit bonheur la chance, mais surtout quitter la ville pour aller dans la forêt qui se trouve sur le coteau de la montagne. En chemin je rencontre des étudiants qui allaient pique-niquer, ils me conseillent de prendre un chemin dans la forêt. Cherchant un peu de calme, je m'empresse de les écouter. En montant le sentier, dans une clairière j'aperçois en haut d'une montagne une énorme croix qui domine la vallée. C'est la première fois que je vois une croix en Inde de cette nature. J'en fais le but de mon excursion. Gravissant un joli petit sentier bordé d'un petit muret de pierres je tombe sur quelque chose qui allait me mette mal à l'aise.
Sur le bord du sentier il y avait des habits éparpillés et en regardant de plus près je vois un soutien-gorge, un slip, une jupe froissée, un maillot de corps, un pull en laine, un bracelet, des bouteilles d'alcool et des tâches de sang. Immédiatement toutes les horreurs que j'ai lu sur les viols en Inde qui se sont passés l'année dernière me viennent à l'esprit. J'aimerais me tromper mais il y a bien eu à cet endroit un viol. L'esprit ne peut être que troublé par cette vision et ce qui me fait penser à des sévices sexuels, ce sont les bouteilles d'alcool qui sont abandonnées tout autour. La majorité des viols qu'il y a eu en Inde étaient perpétrés par des hommes sous l'effet de l'alcool.

Dans un bus, le 16 décembre 2012 à New Dehli, six hommes ivres violentes une jeune indienne devant son compagnon, et l'agressent sexuellement avec une barre de fer rouillé avant de la laisser morte sur le trottoir. Elle a été battue et violée dans une rue peuplée, surveillée par la police dans une banlieue de New Delhi. Malheureuse, cette jeune indienne de 23 ans, devait mourir quelques jours plus tard. Ce viol va horrifier tout le pays et va déclencher une vague de protestation et de colère dans la capital de l'Inde.
Dans ce pays, ou le mot viol ne figure pas dans le vocabulaire hindi, 22 000 viols ont été recensés en 2012. Mais en l'absence de plainte, une agression sexuelle ne figure pas dans les statistiques et on estime que le nombre de cas qui ne sont pas déclarés à la police indienne est nettement supérieur.
Les journaux indiens accusent la police de ne pas faire son travail, car les policiers refusent systématiquement d'enregistrer les plaintes après les viols. Au lieu d'aider ses pauvres femmes victimes de violence, les policiers leur font des remarques humiliantes, comme de leur reprocher de sortir en ville ou de s'habiller de manière voyante. Même si depuis que la presse mondiale a divulguée toutes ces sales affaires et sous la pression de l'opinion la police indienne a changé d'attitude vis-à-vis des victimes, les journalistes indiens doutent que la guerre contre la misogynie soit gagnée.

La Constitution indienne garantit l'égalité de tous devant la loi, mais les femmes demeurent inférieures aux hommes. Comme par hasard, cette infériorité est d'origine religieuse.
« L'épouse unique, totalement confiante, considère son mari comme un dieu et lui est complètement dévoué », dit le Kâma Sûtra, un texte écrit vers le 4ème siècle av. J.-C.
Dans l'imaginaire indien, la femme reste un objet sexuel, et qu'en l'homme s'en sert en la violentant il ne se sent même pas responsable.
Attention, il ne faut pas mettre tous les hommes indiens dans le même panier, car fort heureusement, cette société évolue. Dans les manifestations massives qui ont eu lieu, il n'y avait pas que les femmes qui protestaient, mais également beaucoup d'hommes, preuve que les temps changent.

Juste au-dessus de l'endroit où se trouvaient les habits éparpillés, il y avait un petit temple dédié à Shiva. Je m'y suis arrêté, l'endroit était calme et la vue était magnifique, le lieu idéal pour calmer mon esprit. Ensuite j'ai repris ma marche et je suis monté jusqu'à la croix qui dominait la vallée. Juste en dessous, à environ 500 mètre, il y avait une léproserie qui était administré par une mission chrétienne, ce qui explique l'édification de la croix à cet endroit.

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14.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 8 - Dans un dhaba de Pithoragarh

PITHORAGARH « LITTLE KASHMIR »

Combien de touristes qui viennent en Inde connaissent-ils Pithoragarh ? Et qu'est-ce qui peut bien vous attirer à Pithoragarh ?
Pithoragard, se trouve au cœur d'une vallée surnommé « Little Kashmir », située dans une région reculée qui borde le Tibet et le Népal. Elle se trouve à 120 km d'Almora et c'est de là que partent les pèlerins en route pour le pèlerinage du Mont Kailash. Un responsable de l'urbanisation s'arracherait les cheveux s'il débarquait dans cette vallée. Elle est pratiquement recouverte de maisons d'habitations disposées d'une manière totalement anarchique. On ne comprend pas où la ville commence et où elle finit, les fermes, les magasins, les bâtiments administratifs, les temples, tout est mélangés. Je ne pense pas que c'est ici que je vais trouver l'Illumination !

Peu importe, j'y suis, j'y reste ! Si je suis à Pithoragard, c'est la faute du guide « Lonely Planet », qui décrit cette cité en 3 lignes. C'est le nom « Little Kashmir », « Petit Cachemire », qui m'a attiré ! Mais reconnaître le Cachemire, même petit, dans cette vallée de Pithoragarh, il faut avoir l'imagination débordante. À mon avis les gars du « Lonely Planet » doivent arrêter de fumer des pétards !

Le Cachemire se trouve tout au nord de l'Inde, c'est une région qui est enclavé entre le Pakistan et le Ladakh. Lors de mes deux premiers voyages en Inde, j'y ai séjourné, tant cette région m'a émerveillé. À cette époque on l'appelait « La Vallée Heureuse » ou « La Suisse des Indes ». On raconte que c'est au Cachemire que la « Tribu perdue d'Israël » s'y serait réfugiée lors de l'Exode. Il est vrai, que j'ai visité plusieurs endroits où auraient vécus et où seraient enterrés des personnages bibliques très connus. Mais ça c'est une autre histoire !
Lors de mon dernier séjour en 1988 à Srinagar, ville principale du Cachemire, j'ai vu sauté une bombe à 500 mètres de l'endroit où je me trouvais. Le lendemain, deux autres bombes sautaient dans la zone du marché. Rester devenait risquer, le lendemain, avec Adriana ma compagne, nous décidions de quitter cette vallée. Et depuis je rêve d'y retourner, car il y a des endroits que je voudrais absolument voir. Pour le moment ce n'est pas possible !

Cette région d'une beauté légendaire se retrouve divisée en 1947-1948, lors d'une guerre qui éclate au lendemain de l'Indépendance de l'Inde et de la création du Pakistan. Le Cachemire est en majorité musulman et dirigé par un maharajah. Des cachemiris, aidés du Pakistan, se révoltent contre Hari Singh, maharajah du Jammu-et-Cachemire qui demande l'accession de son Etat à l'Inde afin d'obtenir une aide militaire. New Delhi accepte et envoie ses troupes à Srinagar. C'est le début de la première guerre indo-pakistanaise. En 1989, se développent des mouvements indépendantistes au Cachemire et depuis c'est l'escalade de la violence. Les différents qui opposent le Cachemire aux autorités indiennes demeurent sans solutions encore aujourd'hui. L'Inde assure ce qu'elle appelle de la « sécurité » au Cachemire indien avec le déploiement sur ce territoire de plus de 700 000 soldats, une occupation qu'accepte mal la population cachemirie, d'autant plus que les abus de l'amé sont loin d'être rares.

Le soir tombe sur Pithoragard, je décide d'aller faire un tour en ville afin de repérer des bons petits coins qui peuvent rendre mon séjour agréable. J'y découvre un petit dhaba, restaurant rudimentaire fait de planches et de tôles, fort sympathique, qui sert un excellent Chai, un restaurant qui m'a fait découvert le tikki, un nouveau plat indien que je ne connaissais pas. Le tikki, c'est des galettes de pommes de terre rôties qui baignent dans une sauce épicée et garnie de pois chiche, avec par-dessus des oignons crus coupés en petits morceaux et nappé de yaourt nature. Quand le ventre est bien rempli, l'esprit l'est aussi.

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13.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 7 - Shri Jawaharlal Shah, 96 ans, proprietaire du Kailas Hotel, a bien connu le Mahatma Ghandi

LA FIN D'UNE EPOQUE

Comme je suis le seul client du Kailas Hotel, le repas du soir se passe dans la chambre à coucher de Monsieur Shah, seul pièce de tout l'hôtel chauffé par un petit radiateur électrique. Sa fille, me mijote d'excellent plat typiquement indien, un vrai régal pour les papilles.

Avec Monsieur Shah, je vis les derniers moments d'une époque révolue de l'Histoire indienne. J'ai la chance d'avoir rencontré un des derniers témoins qui a combattu pour l'indépendance de l'Inde au côté du Mahatma Gandhi. Jawaharlal Shah, a joué un rôle politique dans la nouvelle Inde naissante de 1947, notamment dans le domaine bancaire.
Je dois l'avouer, je n'ai pas tout compris son histoire, car visiblement il lui manque passablement de dents et qu'en plus, mon anglais est primaire, ce qui n'arrange rien dans nos conversations au coin du lit.

C'est le 15 août 1947, que l'Inde est devenue indépendante ; jusque-là le pays vivait sous la domination anglaise.
La colonisation britannique a laissé une marque profonde en Inde. S'il est vrai qu'elle a introduit les progrès technologiques et les idées libérales, elle a aussi figé la société dans une tradition brahmanique réinventée. Les Britanniques en effet ont mené une politique qui interdisait toute évolution sociale. Pour cela, ils se sont alliés avec les lettrés de l'époque qui étaient la haute caste des brahmanes, qui ont su faire adopter leur notion de la justice et de l'organisation sociale. En recensant la population, ils ont décidé de dénombrer les castes et de les classer hiérarchiquement, en se référant bien entendu aux critères de leurs petits amis brahmanes. Si aujourd'hui encore, les conflits de castes qui sont une honte pour ce pays démocratique, continus de gangréner l'Inde, c'est la conséquence de ce travail d'ingénierie sociale. En validant la séparation des castes les colons anglais l'ont renforcé créant ainsi des inégalités entre la population indienne. En plus, ces gros benêts d'orientalistes, qui passaient leur vie dans des bouquins, en se déconnectant de la vie réelle, étudiant les anciens textes brahmaniques, ont conforté les colons de sa Gracieuse Majesté dans cette politique honteuse qui ont rendu une grande partie de la population indienne esclave de l'autre partie.
La colonisation de l'Inde par les anglais, n'a pas été motivé par des projets expansionnistes, ni d'une volonté de conquérir le pays pour la grandeur de l'Angleterre, mais tout simplement pour la recherche du profit et la défense de la Compagnie des Indes britanniques, présente depuis 1600 sur cette énorme territoire, qui était composé de capitaux privés détenant le monopole commercial entre l'Angleterre et l'Asie. God save the Queen, God save the business !
Avant la fin du 18ème siècle, le gouvernement britannique n'a pas voulu se mêler des affaires de la Compagnie des Indes, qui relevait pour lui de la sphère privé des affaires. Mais dans ce siècle des Lumières, le Parlement a fini par s'émouvoir devant ces millions d'individus gouvernés par des marchands. La rébellion des Cipayes de 1857-1858 a entraîné l'abolition de la Compagnie des Indes britannique. Mais la politique anglaise est restée pragmatique, faut pas pousser bonbonne la reine dans les orties, l'Inde a été gérée au plus bas coût possible, avec le seul produit des impôts levés sur place.
« Oui mais les anglais, ont apporté à l'Inde sont important réseau de chemin de fer » vous ferait remarquer un lord anglais, grosse moustache, chapeau melon et botte de cuire !
Le chemin de fer a été construit aux frais du contribuable Indien, avec le matériel anglais et selon un tracé conçu pour la circulation des troupes, et l'acheminement des produits d'exportation vers les ports. Sa majesté n'a pas pensé une seconde à ces braves petits indiens !

Si le régime colonial a duré pendant toutes ces années d'occupations, c'est aussi grâce à la collaboration des vastes secteurs des élites indiennes. L'armée des Indes était composée aux deux tiers d'indigènes, les maharajas, les princes sous protectorat, les propriétaires fonciers et, les employés de l'administration ont largement soutenu l'Empire. La colonisation a unifié l'Inde politiquement, l'anglais a permis à l'élite de parler un langage commun et les universités britannique lui ont appris le libéralisme : d'une certaine façon, l'Angleterre a créé elle-même les instruments de son expulsion. L'Indien est très malin et il apprend très vite.

Le centre du projet politique de Gandhi était la doctrine de la non-violence ou ahima. Il s'astreint à une vie simple et discipliné et créa le premier ashram ouvert aux intouchables, c'est-à-dire la plus basse des castes indiennes. Dès la première année de son combat il remporta une grande victoire en défendant les paysans exploités du Bihar. C'est à ce moment qu'il reçut par ses admirateurs le titre de « Mahatma », mot qui signifie « Grande âme ». En 1920, devenu un ténor du Congrès national, il coordonna une campagne national de non-coopération avec la puissance coloniale, ce qui eut un effet de faire naître un fort sentiment de nationaliste et lui valut l'hostilité des Britanniques. Emprisonné, il entama une grève de la faim pour contraindre ses compatriotes à reconnaître le droit des intouchables. En 1942, il participa activement à la campagne « Quit India » qui demandaient aux anglais de quitter l'Inde. Tous ces combats ont eus pour conséquences d'aboutir à l'indépendance de l'Inde en 1947.
Lors de l'indépendance de l'Inde, Gandhi connu la plus poignante des déceptions : la partition de l'Inde. Jusqu'au bout il s'opposa à cette séparation. La décision fut annoncée en 1947 par Lord Mountbatten, au nom de la couronne britannique, et difficilement votée par le parti du Congrès indien ; un nouvel Etat surgirait, le Pakistan, lui-même divisé en deux. Le Pakistan oriental deviendra en 1971, grâce à l'armée indienne qui aidera les insurgés, le Bengladesh.
Gandhi est mort assassiné par un brahmane le 30 janvier 1948. Il reçut trois balles de revolver et sa vie s'acheva là.

En 2012 fut fondée en Inde un nouveau parti à la suite des manifestations anti-corruption, l'AAP, Aam Aadmi Party, « parti de l'homme ordinaire, qui a choisi le balai comme symbole électoral et un registre gandhien de mobilisation. Sur les petits chapeaux à la Gandhi des militants on peut lire : « Je veux l'auto-gouvernance », vieux slogan anticolonial désormais utilisé pour signifier la volonté de se réapproprier la vie politique. Les yeux sont braqués sur cette nouvelle formation car dans 4 mois il y a des élections législatives, et le « parti de l'homme ordinaire » compte bien mettre à mal les deux partis corrompus du Congrès et des nationalistes hindous du BJP, Parti du peuple indien.

La fille de Monsieur Shah vient débarrasser les assiettes du diner et me demande si je veux prendre le petit déjeuner demain matin. Je lui réponds par l'affirmatif. Elle me propose des pancakes à la confiture et du porridge. Du porridge ! A non ! Le porridge c'est pour ces cochons de Roastbeefs ! Même leur bouffe dégueulasse, ils ont réussi à l'imposer aux Indiens.

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12.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 6 - Meme les vaches ont besoin de se rechauffer a Almora

NUIT D'ORAGE

La réussite d'une bonne nuit de sommeil dans une chambre non chauffé des montagnes himalayennes, même dans une « chambre de maharaja », c'est de vous prémunir d'une bouillotte. Une bouillotte au fond de votre sac de couchage, vous garantira une nuit agréable car c'est important de bien dormir en voyage. Sauf que....
Cette nuit, un violent orage a éclaté, faisant entendre le bruit assourdissant du tonnerre se répercutant sur les « Kumaon Hills ». Les nuits d'orages dans les Himalaya, sont impressionnantes et le spectacle des éclairs illuminant le ciel assombri par de gros nuages noirs est magnifique. Le bruit de la pluie sur le toit en tôle de l'hôtel Kailas, ne m'a pas dérangé, c'est une musique que j'aime entendre. Sauf que...
À un moment donné, une goutte s'est aplati sur mon front, puis deux, puis trois..... J'allume la lumière et constate que du plafond de ma « chambre de maharaja » tombaient des gouttes venant terminer leur course sur mon coussin et notamment sur la tête qui était posé sur le dit coussin. Le toit était percé juste au-dessus de mon lit. Afin de ne pas mouiller mon matelas, j'ai dû mettre un seau en plastique, jusqu'à côté de mon visage. A force de compter les goutter qui tombait au fond de mon seau, je me suis endormi. Passer la nuit, à côté d'un récipient en plastique, on pas dire que c'est les « mille et une nuits », mais bon ça fait partie de l'aventure. Sauf que ....
Etant retombé dans les bras de Morphée, des grognements impressionnants me tire de mes songes. Quatre chiens, ont eu l'idée de venir s'abriter de la pluie devant ma « chambre de maharaja ». Supposant qu'un des chiens voulant s'approprier le tapis de porte, se mit à le défendre ardemment, provoquant une bagarre générale occasionnant un boucan d'enfer. Heureusement que je ne viens pas en vacances pour me reposer.

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11.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver Indien - 5 - Il y a ceux qui travaillent, ceux qui regardent et ceux qui meditent sur le travail sur Soi et le regard Interieur

CHEZ LES RAJAS DU KUMAON

Je me trouve dans les splendides KumaonHills, montagnes qui se trouvent sur les contreforts de l'Himalaya, qui sont un endroit merveilleux où se sont établies plusieurs stations dont Almora que je tenais à découvrir.
Je suis parti de Delhi en bus de nuit, qui devait partir à 22h00 et qui, finalement, a démarré à 23h45. Faut pas charrier, on est en Inde. Quand vous prenez le bus, on place toujours les étrangers tout à l'arrière, dans les derniers sièges, sous les regards fuyants des indiens. Quand le bus démarre, sur des routes à moitié défoncé, vous comprenez pourquoi ! C'est à l'arrière du bus où vous êtes les plus secoué, et où à chaque nid de poule, vous faites des sauts en l'air à vous taper la tête contre le plafond.
Dans ce bus Deluxe, le plafond était très bas, car il y avait en dessous une rangée de sièges et au-dessus une rangée de couchettes, ce qui fait qu'avec mon 1.89m ma tête c'est coltinée le plafond durant les 10 heures de trajet. Je n'ai pas pu fermer l'oeil de toute la nuit. Le bus n'allait pas plus loin que Nainital, une station balnéaire pourvue d'un petit lac, très prisé des touristes indiens. J'ai pris un taxi pour les 2 dernières heures de route, qui m'a mené jusqu'à Almora.

Almora se trouve à 1646 m d'altitude, (4 m. de plus qu'à Zinal) et c'est un fantastique point de vue sur les montagnes aux neiges éternelles, comme le Trisul ou le NandaDevi. Cette ville a été fondée en 1560 pour servir de résidence d'été aux rajas du Kumaon. En effet, Almora fut choisie par ce qu'elle bénéficie d'un climat frais et de jolies perspectives sur les montagnes himalayennes. La ville abrite aussi des bâtiments de l'époque coloniale et c'est justement dans l'un de ceux-ci que je loge en ce moment.

Si la ville au premier abord ne m'a pas emballé, par contre le Kailas Hôtel vaut le détour. Le « LonelyPlanet » le décrit ainsi : « La plus sympathique guesthouse d'Uttaranchal est tenue par M. Shah, un avenant directeur de banque à la retraite. La chambre Maharaja vaut le coup d'œil : Vous aurez l'impression de dormir dans le grenier d'un musée. L'endroit propose une saine cuisine maison. »
C'est une vieille bâtisse qui a passé 100 ans, et son propriétaire est un charmant vieillard âgé de 96 ans. M. Shah est effectivement un personnage très sympathique et il cadre bien avec l'endroit. L'Hôtel Kailais tombe en décrépitude, mais c'est tout là son charme et moi qui suis un amoureux des vieilles choses, je suis comblé. L'hôtel a même reçu des compliments du « DoctorChakvrarty, physician to President of India » qui le recommande chaleureusement.
Naturellement étant le seul client, il m'a proposé la chambre « Maharaja » pour 450 roupies, c'est-à-dire 7 frs suisse. Même si cette chambre encombrée d'objets hétéroclites n'est plus très fraîche, vivre la vie d'un maharaja d'un soir, ce n'est pas à la portée de tous !

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10.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 4 - Motard et ses passagers dans le chaos urbain de Delhi

LE "RICKSHAW-WALLAH"

Quand vous sortez de votre hôtel, il est là ! Il vous épie, prêt à fondre sur vous. C'est un oiseau de proie sans pitié au regard perçant, un oiseau de proie pour tous les touristes qui visite New Delhi, véritable jungle urbaine. Cette oiseau de proie, c''est le rickshaw-wallah, le conducteur de rickshaw, un véhicule tricycle motorisé destiné au transport de personnes ou de marchandise. La plupart de ces véhicules, équipés d'un moteur de scooter 2-temps, sont pourvus d'une carrosserie sans porte avec pare-brise, protégeant ainsi le conducteur et ses passagers.
- Rickshaw, Monsieur !
Justement ça tombe bien, j'ai décidé d'aller me promener dans le vieux Delhi, non loin du Fort Rouge et de la mosquée JamaMasjid. Etant blanc, fraîchement débarqué, je sais par expérience que tu ne peux que te faire arnaquer par un rikshaw-wallah. Avant de monter dans son engin, il faut absolument négocier le montant de la course sinon tu risques d'avoir de mauvaises surprises. J'ai bien dis négocier ! Car normalement il suffirait de demander de mettre le compteur, qui est obligatoire et qui affiche le prix juste, mais par malchance, soit le compteur est en panne ou soit il est cassé. Je ne m'en souviens plus, mais je crois que le dernier conducteur de rikshaw à avoir mis le compteur, ça doit remonter à 20 ans en arrière.
- How do youask for the Red Fort ? (Combien tu demandes pour le Fort Rouge ?)
- 250 roupies
- Combien ?
- 250 roupies
- Répète
- 250 roupies
À ce moment de la négociation, il faut agir ! Et j'ai un truc imparable, que j'utilise et qui en principe marche bien. Vous fermez l'œil droit, vous ouvrez tout grand l'œil gauche, vous inclinez légèrement la tête et vous le fixez.
- Combien
- 250 roupies
Vous ne dites plus rien, vous faites silence, un long silence, mais toujours en continuant de le fixer et vous attendez. C'est alors que le miracle se produit.
- 120 roupies, monte !
Et voilà vous avez économisé 130 roupies, (1 fr. suisse = 60 roupies) tout en sachant qu'en réalité la course ne vaut que 45 roupies, mais bon ! Rapport qualité prix, pour le même trajet un taxi genevois vous aurait pris 25.- frs et vous vous seriez ennuyé tout le long dela course.

Ce n'est un secret pour personne, il faut toujours se méfier d'un rickshaw-wallah, beaucoup d'entre eux sont les spécialistes de l'arnaque. Quand tu as défini le prix de la course, que tu es monté dans son véhicule, qu'il a démarré et qu'il emprunte la grande avenue, c'est là que tu vas voir si tu es tombé sur un honnête conducteur où un bon arnaqueur ! S'il se retourne, te fais un grand sourire, montrant ses dents rougis par la chique de bethel qu'il vient de cracher juste avant de te demander :
- C'est la première fois que tu viens en Inde ?
Dépêche-toi de répondre négativement, et dis luique tu viens tous les années en Inde, car tu aimes ce pays et que tu y as pleins d'amis. Si tu as le malheur de dire que c'est la première fois, il y a de fort risque que tu n'arrives jamais à destination, car il va t'emmener chez son « frère » qui tiens une boutique de vêtements, chez son « cousin » qui vend des articles de souvenirs, chez son « oncle » qui a une agence de voyage et qui pratique le change « good price » et en dernier ressort, il connait un « ami » qui vend du bon shit provenant de Manali. Beaucoup de conducteurs de taxis et de rickshaws touchent des commissions des hôtels et des boutiques et c'est une des raisons qui fait que beaucoup d'indiens t'accostent dans la rue pour te proposer tous et n'importe quoi ! Ils sont capables de te foutre en l'air ta journée si tu t'embarques dans cette « aventure ».

Mais en fin de compte, quand il voit qu'il ne peut rien tirer de toi, le rickshaw-wallah devient très sympathique et t'emmène sans surprise à destination avec en route quelques émotions et quelques sueurs froides.
On peut résumer la circulation à Delhi de.... bordélique, chaotique, apocalyptique et anarchique. Le marquage au sol, les feux de signalisation, le sens de la circulation, les limitations de vitesses, les ronds-points ne servent à rien, tout se prend à contre sens de la logique occidentale. Une seul loi : le klaxon, et peut-être aussi s'en remettre à « Mister Chance ». Mais, chose étrange, qui ne serait pas possible à Paris ou d'autres villes Européennes, c'est que dans tout ça, on ne ressent aucune agressivité dans leur façon de conduire, de se comporter avec les autres usagés. Le klaxon ne sert pas à réprimander un gars qui fait une connerie, mais juste à signaler aux autres conducteurs qu'il est derrière eux et qu'il va dépasser ou faire une manœuvre quelconque que seule ont le secret cette corporation de chauffeurs.
Inutile de dire, que quand vous croisez dans ce trafic, un rickshaw avec à son bord des touristes, vous lisez la peur sur leurs visages. Certains doivent regretter, de ne plus savoir le « Notre Père » et le « Je Vous salue Marie ».

Dans ce brouhaha infernal, que je rentre le soir à l'hôtel, souffrant déjà d'acouphène, ce n'est plus des sifflements que j'entends, mais les cloches de la cathédrale de Fribourg, les trompettes de Jérichoet la sirène de la protection civile de St Gingolphe réunis, qui bourdonnent dans mes oreilles. Vivement le départ pour les contreforts de l'Himalaya.

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09.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver Indien - 3 - Scène de rue au petit matin à Paharganj Bazar.

DELHI « C?UR DE L'INDE »

Après une escale de 2 heures à Abu Dhabi, le vol EY 218 de la compagnie Etihad Airways atterrit à 3 heures du matin sur l'aéroport Indira Gandhi International de New Delhi. Après les formalités douanières et la récupération des bagages, je prends le taxi qui m'attendait pour m'emmener au Metropolis Hôtel à Paharganj Bazar.

Se retrouver à nouveau à Delhi, quel bonheur ! Je déteste les villes, je déteste le brouhaha de la circulation, je déteste toute l'agitation urbaine, je déteste ces odeurs de pollution et Delhi c'est tout cela réunis, dans un même paquet surprise. Et pourtant, j'aime me retrouver dans cette ville chaotique et bordélique surtout du côté de Old Delhi, ancienne capitale du prestigieux empire moghol.
Quand vous débarquez la première fois dans cette métropole vous ne pouvez pas comprendre ce chaos où le « klaxon » règne en maître. Delhi vit à 100 à l'heure, et nous, petits suisses, qui avons l'habitude de vivre propre en ordre et où il n'y a pas le feu au lac, sommes dépassés par ce que nous découvrons devant nos yeux hagards. Dans cette ville, chacun fait à peu près ce qui lui plait, chacun marche où bon lui semble, chacun essaye d'avoir la priorité sur l'autre et on se demande si le code de la route existe. La cohabitation entre les voitures, les cars, les camions, les motos, les scooters, les rickways, les rickshaw, les chars à buffles, les dromadaires, les vaches sacrées désacralisées dans cette circulation, et même de temps en temps un éléphant marchant sur le bord de la route, relève du miracle. Bernadette Soubirous, ici, serait passé inaperçue. Alors que votre tête, est prête à exploser dans ce vacarme assourdissant, vous apercevez sur le trottoir, à même le sol, des indiens qui font tranquillement la sieste sans se soucier le moins du monde de ce qui se passe autour. Mais le fin du fin, sans doute l'apothéose d'une journée bien remplie, c'est quand vous voyez à l'arrêt d'un feu rouge, un indien accroupi, le cul à l'air, poser une « pêche bien épicée » dans le caniveau le plus naturellement du monde. J'aime cette anarchie ! Que ça fait du bien ! Un militant UDC ou un mec du Front National, certainement, ne survivrait pas 2 jours à Delhi.

Delhi doit se prononcer Dilli (en ourdou), mot qui signifie « séductrice des cœurs » ou alors le « cœur » lui-même.
Il y a des centaines d'années, les empereurs hindous l'avaient baptisée Hastinpore, ou la « Cité des Eléphants ». C'est ici que se voyaient les plus grands rassemblements d'éléphants de l'Inde : ils affluaient à Delhi, portant sur leur dos des centaines de chefs hindous et tous les vassaux des empereurs, venant rendre hommage à leur souverain. Lorsque plus tard, en 1526, les empereurs moghols y construisirent leur capitale, ils l'appelèrent « Le Cœur ».
En 1857, le vieil empereur moghol, Bahadur Shah Zafar, dont le palais était au Fort Rouge décide de soutenir la révolte des cipayes. La révolte des cipayes, mutinerie de soldats indigènes réprimée dans le sang par les Britanniques, joua un rôle charnière : la violence de la répression laissa des traces indélébiles chez les Indiens et entraîna un durcissement de la politique sociale des Britanniques.
Les mutins venaient pour l'essentiel, des hautes-castes de la vallée du Gange, qui constituaient alors l'essentiel de l'armée britannique. L'incident déclenchant a été la distribution d'un nouveau type de cartouche qu'il fallait déchirer avec les dents, dont la rumeur disait qu'elles étaient enduites de graisse animale, donc taboues pour les hindous.
Après avoir réprimé le soulèvement, la Couronne britannique exila le vieil empereur moghol, devenu la figure de proue des insurgés, et transféra la capitale indienne à Calcutta.
En 1911, l'Empire britannique des Indes déplacera à nouveau sa capitale de Calcutta à Delhi. La décision fut officialisée lors d'une visite du roi Georges V et de la reine Mary, qui venaient d'accéder au trône. Georges V rêvai d'une capitale impériale et moderne, dotée de larges avenues et tout entière construite à la gloire de la puissance colonisatrice. Elle mettra près de deux décennies à sortir de la terre et sera baptisée New Delhi (« la nouvelle Delhi »). Aujourd'hui encore, elle est la capitale de l'Union indienne, indépendante depuis 1947, et le centre névralgique de l'administration et de la politique nationale.

Mais pourquoi je vous parle de Bahadur Sha Zafar, ce vieil empereur moghol, qui vivait au Fort Rouge et qui fut exilé par les Britanniques ?
Et bien ! Si vous passez par Dehli lors d'un voyage en Inde, allez faire un tour au restaurant « Karim » qui se trouve non loin de la grande mosquée Jama Masjid dans le vieux Delhi. Zahooruddin, âgé de 80 ans, est le directeur de ce restaurant emblématique créé par Karimuddin, son grand-père. Le Restaurant « Karim » perpétue les traditions de la cuisine moghole. Les recettes, gardées secrètes, s'y transmettent uniquement de père en fils.
Le père de Karimuddin, Mohamed Aziz aurait été employé dans les cuisines royales de Fort Rouge. Lorsque le dernier empereur moghol fut exilé, Karimuddin partit pour la ville voisine de Gaziabad où, contraint de multiplier les petits boulots, il vécut dans la misère. Cela ne l'empêcha pas d'apprendre la cuisine à ses fils, car il était convaincu que les recettes et le savoir-faire de la gastronomie royale constituaient un héritage précieux. C'est aujourd'hui la même cuisine que mangeait l'empereur Bahadur Sha Zafar que vous pouvez savourer dans ce restaurant où l'on vient de loin pour revivre l'art culinaire moghol. Seul petit bémol, et de taille pour ma personne, ce restaurant est non-végétarien. Dans une autre vie, j'ai certainement dû aimer la cuisine moghole.

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08.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 2 - La nuit tombe sur l'Irak

ESCALE À ABU DHABI.

Il est 20h16 à Abu Dhabi et 17h16 en Suisse. J'attends dans l'aéroport mon vol pour Delhi. Le Vol Ey 054 Genève – Abu Dhabi, d'Etihad Airways c'est bien passé. J'ai déjà voyagé plusieurs fois avec Etihad et je n'ai jamais été déçu. Le seul regret, c'est qu'il y a 10 ans, je faisais une escale de 24 heures, ce qui me permettait de visiter cette ville surdimensionnée, au frais de la compagnie.

Quand vous arrivez à l'aéroport d'Abu Dhabi, la première chose que vous remarquerez, c'est qu'on ne voit pas beaucoup de cheiks sans provisions, par contre, il y a énormément de cheiks en blanc.

Bon, il est temps que je rejoigne le Gate 03, car mon avion va décoller dans une heure.....

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07.01.2014 - Carnet de route d'un UPjiste - Un hiver indien - 1 - Hôtel Ibis, Genève

AEROPORT DE GENEVE, H?TEL IBIS.

Ca y est, je suis dans le « sas » de décompression. De ma chambre d'hôtel, je vois les avions qui décollent et s'en vont vers des horizons lointains. Demain matin, je m'envole pour l'Inde, je m'en vais retrouver ce pays qui me fascine tant, je m'en vais à nouveau retrouver les contreforts de l'Himalaya, au froid, dans la neige, dans les vallées que les touristes ont désertés pour des destinations plus chaudes et plus hospitalières. Fuir la Suisse, ce petit pays de 7 millions d'habitants, tip top en ordre, en apparence, pour aller s'isoler dans un pays de 1,25 milliards d'habitants, deuxième pays le plus peuplé au monde après la Chine, c'est un paradoxe.

C'est comme ça ! J'aime l'Inde, depuis que je l'ai découvert en 1986. « Mother India », on l'aime ou on la déteste, en tout cas elle ne vous laisse pas indifférent. On est émerveillé par son exotisme et sa spiritualité, on est dégoûté par ses viols, sa corruption et son système dépassé de castes, qui aujourd'hui encore, n'est pas totalement éradiqué. Mais la dualité n'est-elle pas le propre de l'homme ?

L'Inde est un pays fascinant, à commencer par ses paysages. Vous ne pouvez pas rester insensible face à ses déserts, ses jungles où rodent les tigres, son océan, ses fleuves sacrés, ses majestueuses montagnes himalayennes et son grand plateau central, monotone, virant de l'ocre au vert, recouvert par-ci, par-là, de petites collines arrondies. L'approche de l'Himalaya, sur des centaines de kilomètres, émeut votre regard. Plus vous prenez de la hauteur, plus votre esprit s'enflamme, vous sentez que vous approchez de la « Demeure des dieux », que vous approchez de la demeure de Shiva, « celui qui rend heureux, le bienveillant », le grand ascète, destructeur de l'ignorance, que beaucoup honorent comme dieu tout-puissant.
Mais l'Inde, c'est surtout sa présence humaine qui s'impose partout. Si vous n'aimez pas les êtres humains, n'allez pas en Inde, restez chez vous et continuez à vous prélasser dans votre twittosphère, blogosphère, youtuberie et facebookerie qui donnent l'illusion d'être connectée au monde.
En Inde, l'illusion c'est « Mãyã », c'est l'ignorance qui voile la vision de Dieu et qui vous déconnecte de la Réalité.

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06.01.2014 - Wordless !

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05.01.2014 - Still life

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04.01.2014 - Une mouche est venue me rendre visite à la Tour d'Anniviers et a parcouru l'expo "ANNIVIERS, Les chemins de l'identité.... et la révolution scolaire"

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03.01.2014 - On peut économiser de l'argent grâce à la POLITESSE !

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02.01.2014 - Les voeux 2014 continus !

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01.01.2014 - Bonne année 2014 à tous les UPjistes et à tous ceux qui consulte uneparjour.org !

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