| |
|
 1 avril 2009 - Alan Humerose - MatinesIl y a des matins où l'on ne sait pas si l'on se réveille ou si l'on s'endort, des heures où les couleurs mêmes oscillent entre le fard et la forme. Et bien que vive, la lueur est timide et l'on cherche alors un nom à plaquer comme l'on désire un accord lonla-lonlaine.
 2 avril 2009 - Alan Humerose - Entre le premier avril et les jours qui suivent…… on fêtait le poisson fourré au chocolat sous la tente des regards fouillés dans l'attente de faits dépoissés, enfin! Santé!
 3 avril 2009 - Alan Humerose - Le jour du poissonComme dit le 6 mars, rappelé le 13, répété le 20 et confirmé le 27 mars dernier.
 4 avril 2009 - Alan Humerose - Tout près plus loinPar moments, mais à vrai dire de plus en plus souvent, je sens Fitzcarraldo tout près de moi. Il s'approche encore, me souffle un air d'un opéra tenace et je sifflote alors une rengaine qui me transporte et ma colline approche.
 5 avril 2009 - Alan Humerose - Très rare!On le notera à un infime détail, ou plutôt à deux détails disposés symétriquement : les Atlantes se reposent aussi parfois, et au soleil, délaissant pour quelques heures la mélancolie de la cité enfouie.
 6 avril 2009 - Alan Humerose - Way backVérification du théorème de la Jonction: toutes parallèles le demeurent en cas de chicanes subites et imposée à gauche.
 7 avril 2009 - Alan Humerose - Sortie du Quai OuestOn a assisté à un spectacle, on a presque vu une Villa du Riachuelo et sa misère, on a admiré les performances des acteurs, on a entrevu l'incompréhension générale qui nous lie et on reprend son scooter, garé n'importe où, pour repartir dans la nuit.
 8 avril 2009 - Alan Humerose - Alors celle-là!… et le comble, c'est qu'en sortant il avait oublié de fermer la porte. Tu penses s'il ne lui a pas fallu deux minutes pour rentrer. Incroyable
 9 avril 2009 - Alan Humerose - A la nage!Des drapeaux se dessinent maintenant de chaque côtés des Andes, les vents soufflent, dans les ports les quais et les jetées s'animent et, dans le courrier transatlantique, une ligne au budget de sortie manque encore!
 10 avril 2009 - Alan Humerose - Le jour du poisson aujourd'hui saint…Comme dit le 6 mars, rappelé le 13, répété le 20, confirmé le 27, réaffirmé le 3 avril dernier et proclamé aujourd'hui, férié, par hasard, dans la passion…
 11 avril 2009 - Alan Humerose - Hors des rampes.On découvrait qu'entre nos mots nous parlions encore la même langue, que les champs de lavandes n'avaient plus de saisons et que le soleil, trop fort et net à cette heure, ne menaçait pas pour autant les lueurs autrement ténues.
 12 avril 2009 - Alan Humerose - PromenadeJe vois le monde endimanché, au bord d'un lac ou sur les trottoirs des cités, comme un roquet à la laisse brisée se surprend soudain à le voir, aveuglé mais qui hésite encore entre gambader juste quelques mètres en plus ou carrément foutre le camp. Ah! errer!
 13 avril 2009 - Alan Humerose - Les héritages involontaires.C'est un après-midi oisif de printemps étalé sur toute la chrétienté, on va, on vient, des histoires se racontent et d'autres n'existent pas encore, on attend une commande, on baille en jetant un coup d'œil et on se surprend à baigner dans une iconographie américaine qui nous aura marqué bien plus qu'on ne le pense.
 14 avril 2009 - Alan Humerose - Bien haut le matin.Première tentative de traversée de la rue sur un fil. Les conditions sont optimales: pas de vent, soleil latéral, température agréable, humidité favorablement antidérapante et puis les passants comme d'habitude indifférents et les radios des fenêtres pas trop fortes. La plus grande difficulté réside dans l'invisibilité de mon câble. Il faut glisser à tâtons en restant sur les lignes!
 15 avril 2009 - Alan Humerose - Escale en PiémontJ'ai bien entendu qu'il paraîtrait que sa sœur, après avoir vécu dix-huit ans à Chicago, n'aurait pas reconnu l'amant de sa mère, à son retour, et qu'elle lui aurait proposé, ni une ni deux, de reprendre l'affaire simplement parce que les jumelles assuraient encore le service et, qu'en tant que cousin, il ne pouvait pas laisser filer l'occasion. Et moi je sais ce qu'il a répondu.
 16 avril 2009 - Alan Humerose - Encore un départLe soir tombait, je regardais la mâture et les voiles en attente d'un frémissement. Ainsi, accoudé au bastingage, le nez au ciel de nuit tombante, sifflotant à peine une rengaine, j'attendais moi aussi un frisson d'air en songeant à ma lointaine Patagonie et je compris définitivement que si je n'entendais rien à la physique des vents, que si le vent me demeurait étranger, je parlais néanmoins sa langue. Il constituait peut-être même ma véritable langue natale, celle-là que je me dois alors maintenant de réapprendre, sa rose comme grammaire et ses sautes comme lexique.
 17 avril 2009 - Alan Humerose - Jour du poissonComme annoncé le 6 mars et réitéré depuis tous les vendredi.
 18 avril 2009 - Alan Humerose - RêveurAu début de «Au bout du rouleau» le capitaine Whalley, après avoir ordonné une manœuvre, s'assied dans son fauteuil sur la passerelle et, ignorant la mer, reste à regarder fixement le pont entre ses pieds. Et moi, au bord des vagues, je lis Joseph Conrad, presqu'au bord de l'abandon des flux et reflux.
 19 avril 2009 - Alan Humerose - ImprévuElle avait les pieds bien sur terre et moi j'avais la tête dans la lune, ou l'inverse, mais quand elle regardait par la fenêtre, un autre monde m'apparaissait, sans noms et sans nord, à peine quelques tracés que nous irions suivre peut-être une fois, comme on pousse un caillou sur la marelle.
 20 avril 2009 - Alan Humerose - EchoEt je crus un instant, bien qu'il y avait moins de stucs aux nervures dorées, de grands miroirs impeccablement mouchetés, de boiseries noircies, d'épais tapis étouffant nos pas, moins de tableaux représentant un jardin semblable à celui que nous arpenterons, et encore moins de lustres et d'appliques le long de ces couloirs succédant à d'autres couloirs, interminablement, je crus un instant que nous entrions à nouveau à Marienbad, ou à Karlsbad, et que vous seriez prête à partir.
 21 avril 2009 - Alan Humerose - Une bière et des pistachesIl faut toujours démarrer avec un disque, et puis bien retenir l'adresse, et tu laisses alors aller, et là, en principe, tu t'y retrouves toujours et t'es bon pour une année, facile.
 22 avril 2009 - Alan Humerose - Vers la fin.Deux fois, deux fois il avait été président de ce pays du tableau qu'il regarde maintenant, dans une solitude impossible, comme le passé d'une vie qu'il avait rêvée, tandis que la foule évalue dans l'ombre de son dos le prix des douleurs et des soins qu'il va lui laisser en allant vers sa propre agonie.
 23 avril 2009 - Alan Humerose - RoseJ'en avais fini avec les fleurs au bords de mes chemins et nous attendions les amis pour la soirée. Beaucoup viendraient, certains non, ou d'autres très tard, et d'autres encore téléphoneraient d'un empêchement subit, mais d'autres oubliés aussi surgiraient, un vrai rire d'escale dans les mirettes, et, pour elle, elle qui toujours devinait les regards tournoyant, ce sera toujours une surprise d'être là, dans ma lumière posée sur un rose que j'avais deviné.
 24 avril 2009 - Alan Humerose - Jour du poisson - 8Comme annoncé le 6 mars et réitéré depuis tous les vendredi.
 25 avril 2009 - Alan Humerose - MurmureAujourd'hui aux heures longues et brillantes, toutes mes cases sont vides et ça commence à chauffer sous la sous-pente; j'aimerais du vent et des étoiles, je voudrais un espace comme une absence de lieu, je voudrais t'imaginer encore au seuil de mon tout premier coup d'œil, et je voudrais encore lire les oiseaux à contre-jour comme les syllabes irréfléchies d'une ode en cours.
 26 avril 2009 - Alan Humerose - RéminiscenceJe n'ai jamais pu, sous les arbres remarquablement en fleurs du parc Maruyama, autour du temple Chion-in, à Kyoto, à deux pas du vieux quartier des geishas, avaler un deuxième morceau d'une espèce de calamar frit dans une huile dont je préfère encore aujourd'hui ignorer la provenance, comme ses multiples usages, et qui m'avait immédiatement renvoyé à l'idée qu'on ait pu me confondre avec un moteur, ou au minimum avecun simple rouage d'une société qu'il fallait, sinon entretenir, du moins lubrifier.
 27 avril 2009 - Alan Humerose - En vain!Je les ai comptés : 2203 visages muets croisés aujourd'hui, dont presque trois-quart aplatis dans les pages des journaux et le reste filant sous la pluie froide revenue ou dans les bistrots en train de regarder les autres, précisément. 2203 histoires possibles, mais illisibles non pas tant à cause des caractères mal formés que par l'excès même de leurs surgissements.
 28 avril 2009 - Alan Humerose - Station FarolitoNous n'avions aucune idée où nous allions, c'était ainsi. Aucune destination particulièrement choisie nous appâtait, on suivait juste une direction prise un jour, entre deux averses dans un carrefour inconnu et parce qu'on ne peut pas avancer dans tous les sens à la fois. La panique hurlante l'avait quittée, me disait-elle, et moi, pister dans cet accord me comblait. Parfois aussi nous attendions et les barmen ne nous posaient aucune question.
 29 avril 2009 - Alan Humerose - Départ.Chemin vers l'est, ce matin, pour aller voir des gens menacés d'être emportés encore plus à l'est et vraisemblablement vers une de ces fins qui ne sera qu'une lente chute de lumière sur un gris déjà si dense et si ancré. J'allais rencontrer des frères forcés de se séparer mais dressés au bord d'une image qu'ils désiraient laisser au pied de ces montagnes brèves.
 30 avril 2009 - Alan Humerose - PerspectivesNous marchions côte-à-côte et tandis que la lumière de la longue marquise, en douche, me faisait cligner des yeux et m'inspirait des galets d'eau, elle, elle présumait sans cesse de ce qui pouvait surgir au bout de la rue, car elle connaissait les rues, ou alors, en se plaignant que le soir tombât déjà, ne voyait dans le ciel que les nuages, car elle connaissait les nuages, mais ne savait rien des éclats qu'ils offrent aux façades.
 1 mai 2009 - Alan Humerose - Jour du poisson - 9Comme tous les vendredi depuis le 6 mars dernier.
 2 mai 2009 - Alan Humerose - RetouchesLuz n'a pas qu'aspiré vers midi. Elle a totalement chamboulé le salon, réorganisé le vestibule, clarifié quelques zones inconnues, reconnecté le fax, presque jeté une vierge en plâtre peint et contredit une chanson de Claude Nougaro pendant qu'assis, moi, je retouchais une image en chassant quelques puces dans les nuages d'un horizon lointain. Puis nous nous sommes avoué que nous n'aimions pas danser.
 3 mai 2009 - Alan Humerose - En-têteEh bien, avec l'assurance qu'il faut et toute la lumière qu'il y a, en voilà en tous cas un qui va la faire, sa photo du jour.
 4 mai 2009 - Alan Humerose - Fin de journéeToujours sur les murs des images de ce qui fut, sur les tables des fleurs qui n'ont plus de racines, des salons délaissés des hôtes, des ronds violets de vins sur les nappes à laver et je pense à ce chien des rives de l'Oronte qui aboyait quand il rêvait qu'une caravane passait.
 5 mai 2009 - Alan Humerose - AttractionJe la regardais absorbée dans une lecture, je crois, je ne sais pas trop en fait et peu importe ici qu'elle songe ou qu'elle calcule, mais il me semblait qu'en elle s'émancipait toute la lumière du capharnaüm. Elle en dessinait le centre qui nous engouffrait.
|
| |
 |  |  | Auteur photographe né en 1956 à Courroux dans le Jura suisse, est installé à Genève depuis 1976. Après des études universitaires en histoire de l’art et en linguistique, il se consacre entièrement à la photographie et développe très tôt son travail en série, en suites photographiques, principalement axées autour du paysages, du portrait et des petites scènes habituellement passées inaperçues dans les jours qui filent.
Il est l'auteur d'une douzaine de livres, publiés notamment aux éditions Infolio : Aqua Vulpera et chez Glénat : L'Herbier Humerose et Le vertige des réserves. Il est largement exposé depuis 1979, tant en Suisse qu'à l'étranger (entre autres et récemment au Musée de l'Elysée, Lausanne, au Centre pour l'image contemporaine, Genève, à la Maison Tavel - Musée d'art et d'histoire, Genève et au Centro cultural San Martin, Buenos Aires, Mamco, Genève). Ses photographies fréquemment exposées et publiées sont présentes dans de nombreuses collections privées et publiques. Humerose est également l’auteur d’une douzaine de livres et de catalogues d’expositions.
Depuis quelques années Humerose développe aussi son travail photographique en installations urbaines comme par exemples les drapeaux de L'Herbier flottant durant les étés 2006 et 2007 sur le pont du Mont-Blanc à Genève ainsi que dans la port de Buenos Aires en 2008.
Alan Humerose a également été fondateur de Haute Voix, création de lecture de poètes contemporains à Genève, cofondateur et directeur du Centre de la Photographie de Genève jusqu’en 1999, cofondateur de l’Association Suisse des Institutions pour la Photographie et cofondateur du vaste projet pour l’établissement d’un Bâtiment pour l’Art Contemporain à Genève. Il a en outre fondé et dirigé la brève revue de création et de réflexion photographies, Images.
|