| Francis Traunig |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
![]() 14 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 11 heures 33 "Le plaisir d'avoir ne vaut pas la peine d'acquérir". Les confessions. ![]() 15 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 19 heures 09 Vu : Une glace fondre avant d’être léchée Les alpes dérouler leurs friselis de granit sur les fesses de l’horizon Une hôtesse de l’air enfourner Jésus dans un DC 6 Le sujet s’ébrouer hors cadre Un bateau de plusieurs centaines de tonnes glisser sur l’eau avec la grâce d’un cygne Vénus se poser sur la lune Des genoux vibrer dans l’air comme des glottes de sopranos Des tombes plus vieilles que Baudelaire et ses préoccupations L’improbable enlacer le presque rien et en rire Une godasse bailler comme un crocodile qui a fait un mauvais rêve Un souvenir enjamber l’enclos Des mouettes essayer de se concilier le vent L’œil de Dieu collé au trou de la serrure du ciel Se pulvériser le paysage couché dans la vitesse S’aimer le jour et la nuit ![]() 16 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 22 heures 13 Toucher, glisser la main, s’enfiler, accueillir, s’ouvrir : festin amoureux où roucoule le bonheur consenti. Mon œil ne voit plus que ça, dans la queue qui ondule, et veut s’inviter sans pouvoir. Je fais une image, pauvre communion, qui glisse, se faufile, cherche le chemin de la main. Image volée, image honteuse, je le confesse. ![]() 17 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 07 heures 30 ![]() 18 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 16 heures 59 Faux palmiers, reconstitution de petites places de village en carton pâte, mamans seules en soliloque avec leur poussette, copains rentiers par groupe de trois à échafauder de vains projets d’évasion pour fuir l’ennui, vendeurs abandonnés par leurs clients, meute de nettoyeurs pourchassant le désoeuvrement avec d’immenses balais… Centre commercial triste, toc, véritable machine à raboter le désir. ![]() 19 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 07 heures 49 Du verbe aux actes dans la lumière douce d'un matin plein de promesses… ![]() 20 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 11 heures 44 F. en bave depuis des années – géographe, il réalise, en fin d’étude, un mémoire sur le quartier des Pâquis – les chagrins s’enchaînent aux déceptions, il erre, se met à boire, s’auto-méprise avec acharnement. Comme si sa raison, indifférente, laissait le champ libre aux émotions lui boxer le cœur. C’est tuméfié qu’il émerge de ses nuits de foire. Suis un con, un con, un con… elle me disait : touche-moi, moi je voulais parler, juste parler, boire un verre, je vais au poste, les flics comprendront, je veux récupérer ce qu'on m'a fait dépenser, j’ai pas les moyens, 1780 francs, il faut que je retourne dans ce bar avec quelqu’un qu’ils respectent, avec un flic, ils verront, auront les jetons, me rendront mon pognon j’en suis sûr… ![]() 21 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 18 heures 21 Soi-même œuvre d’art, soi-même un autre que celui qui ressemble à papa, soi-même au centre de tous les regards, soi-même carte de géographie de ses propres désirs, soi-même plus que d’autres, soi-même arc-en-ciel qui parle, soi-même sans retours, soi-même touché par plus de flèches que tous les saint Sébastien réunis, soi-même vitrail de chair, soi-même usé par l’étonnement, par l’incompréhension et le papier de verre du préjugé, soi-même vieux en couleur, soi-même plus fort que rien mais pas plus qu’un colibri… ![]() 22 juillet 2008 - Francis Traunig - Choulex -19 heures 51 Photographié un martinet dans le ciel de ma rétine fouetter la lumière crémeuse. ![]() 23 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève- 17 heures 05 Pfffttt, Papaaaa, pourquoi devant cette barrière? ![]() 24 juillet 2008 - Francis Traunig - Zurich - 13 heures 33 Troupeau de grues se chatouillant les dessous de bras. ![]() 25 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 18 heures 57 Mais qui donc, sous le masque, se cache au fond de cet homme ? C’est une question que je me pose parce qu’il pourrait être moi en train de se poser cette même question au sujet de lui-même imaginant être un autre qui ne sait pas qui il est… ![]() 26 juillet 2008 - Francis Traunig - Choulex - 21 heures 34 Le lac Léman tombe du ciel. ![]() 27 juillet 2008 - Francis Traunig - Genève - 17 heures 09 Festival de générosité dans les jardins familiaux du Lignon… ![]() 28 juillet 2008 - Francis Traunig - Choulex - 14 heures 40 L'occiput sur l'inox, enfin, je suis serein comme une cuillère à café en vacances. ![]() 29 juillet 2008 - Francis Traunig - Entre Grenoble et Valence - 08 heures 29 En route pour le sud : petit déjeuner sur un air de Salsa dans un endroit d’un exotisme torride. ![]() 30 juillet 2008 - Francis Traunig - Barcelone - 11 heures 31 En sus du ticket d’entrée de 10 euros, 60 minutes d’attente, 2 euros par personne, pour rejoindre par ascenseur, les cimes de la Sagrada Familia et y faire de l’accro-branche spirituel. ![]() 31 juillet 2008 - Francis Traunig - Lleida - 12 heurs 28 Sur la surface d’un océan de plomb brûlé par le soleil se dresse, majestueux, un immense taureau qui semble « faire de ses couilles le siège de sa vertu ». ![]() 1 août 2008 - Francis Traunig - Toledo - 10 heures 05 Bircher de mythes. ![]() 2 août 2008 - Francis Traunig - Evora - Portugal -12 heures 37 …ceux qui aimaient plus qu’ils ne l’étaient, ceux qui l’étaient et ne s’en rendaient pas compte, les malades imaginaires, les obsédés de l’au-delà, les obsédés du repentir, les obsédés de l’argent et tout son cortège de futilités, les obsédés de Dieu et de poitrines en forme de poires, ceux qui adoraient le bruit de la brise dans les feuilles des peupliers, la vie à trois et le chocolat, les femmes de cœur, ceux qui jamais n’ont su compatir, ceux qui au contraire voulaient sauver l’humanité mais n’ont jamais pu, les mangeurs de pastèques, ceux qui ne se sentaient vivants qu’en faisant souffrir, les goulus, les beaux, les poilus, ceux qui auraient tout donné pour n’aimer qu’une seule fois, les éconduits, les saintes mamans, les saintes nitouches, les comptables et les égarés du cœur, …tous ceux-là, ici, proclament : Réjouis-toi de la Vie ! Car plus vite que tu ne le penses tu seras ce que nous sommes. ![]() 3 août 2008 - Francis Traunig - Colares - 12 heures 44 Ils marchèrent le long des falaises qui faisaient le gros dos. Au-dessus d’eux, se tenaient en équilibre, dans le vent du large, trois goélands qui observaient distraitement le groupe se réunir contre un muret pour se faire photographier. Un des goélands vira sur la droite, intrigué par les cris et les exclamations, pensant voir jaillir du groupe de la nourriture, peut-être un poisson. Mais bien vite il retourna caler dans le bleu son fuselage de plume pour rire d’y avoir cru. Plus bas, le groupe braillait de bonheur d’être secoué par le vent qui mangeait avec son haleine de sel les côtes des falaises, festin immémorial commencé avec la naissance du soleil et qui ne trouvera sa fin qu’avec sa mort, alors que dans le même temps, avec un doigté expert, caressant les cheveux au groupe pour le distraire, Zéphyr, souffla sur le pagne de Muriel qui s’entrouvrait. Mais qui le vit ? ![]() 4 août 2008 - Francis Traunig - Cascais - 14 heures 07 Courir pour échapper aux morsures du soleil Se tartiner de crème blanche et ne pas devenir rouge Laisser courir le regard comme un jeune chien qu’on détache Se palper le gras des mollets en regardant planer un albatros Perdre son temps et ne plus le retrouver ![]() 5 août 2008 - Francis Traunig - Lisbonne - 20 heures 25 Visage Fado à la recherche de sa musique. ![]() 6 août 2008 - Francis Traunig - Entre Sintra et Cascais - 18 heures 59 Aujourd’hui, se bousculent les images. Quelle fiction pour quelle réalité ? Comment relier les bribes de l’histoire du temps qui passe pour en faire une mosaïque acceptable, mosaïque-pixel des contorsions vaines de l’éphémère ? Belles rencontres, lesquelles choisir ? L’une d’elle : Dans le vaste parc de Quinta da Regaleira, un palais aux styles bâtards étourdissants, entre les statues d’Hermès, de Diane et de tout le cortège mythologique, trône un lion en bronze. Une petite fille escalade le monument, poussée aux fesses par sa mère et sa grand-mère. Elles peinent. Nous nous y mettons trois pour le bonheur de la grand-mère, qui, une fois photo faite, sort de son sac à main une brassée d’images incroyables : On y voit une jeune femme tenir dans ses bras un énorme chien renversé sur le dos auquel elle caresse vigoureusement la panse pendant qu’une lionne – la scène se passe dans l’embrassure d’une porte – se dresse et écrase avec ses pattes de devant la tête de la jeune femme qui rit aux éclats. « Cette femme c’est moi ! En Angola, en 1939 ». Portrait de la grand-mère et de cette tranche de vie en noir et blanc. Plus loin, plus tard, belle image : Plage. Cinq hommes bedonnant parfaitement répartis sur un rectangle imaginaire de 2 mètres sur trois, fixent un ballon suspendu en l’air. Jambes fléchies. Un peu sur leur gauche la mer se déchaine. Deux surfeurs attendent la vague. Un autre la chevauche. Une fillette tend le bras vers un ballon bleu blanc rouge, suspendu lui aussi face à elle. Avec une raquette, une femme court après une balle, hors cadre. Des dizaines de baigneurs en groupe, seuls, en couple se découpent sur l’écume, l’eau à mi-cuisse, fixent le large. … ![]() 7 août 2008 - Francis Traunig - Carcavelos - 11 heures 46 Sévère noblesse de la commerçante Gitane. ![]() 8 août 2008 - Francis Traunig - Lisbonne - 18 heures 16 Ouverture des Olympiades de Pékin. Les raies, requins et le poisson-lune se réjouissent. ![]() 9 août 2008 - Francis Traunig - Quinta do Barro - 15 heures 33 C’est l’histoire d’un roi qui veut marier sa fille et convoque les trois prétendants : « Le prince qui me ramènera le plus de balles de ping pong pourra épouser Lucille, ma fille. » Et les trois princes se mirent en route. Après un mois revint le premier avec dans ses sacoches 258 balles de ping pong. « Très bien dit le roi, attendons que les deux autres princes reviennent avant que je ne prenne ma décision… » Six mois plus tard revint le deuxième prince avec 328 balles dans ses bagages. Et juste avant l’échéance qu’avait fixée le souverain, revint le dernier prince, (héritier du royaume de Galle) tout en sueur et visiblement fourbu. Il tenait délicatement dans ses mains deux petites balles. Etonné le roi lui demanda pourquoi il lui avait fallu presque une année pour ne ramener que deux balles de ping pong. « Ping pong ? Oh! Majesté, répliqua le prince Daniel, avec son fort accent anglo-saxon, j’avais compris : bring me back the King Kong balls. ![]() 10 août 2008 - Francis Traunig - Batallha - 15 heures 25 Deux chevaliers se battent par armées interposées. Les forces sont inégales, les Castillans sont plus nombreux. Le destin du Portugal est en jeu. Si je gagne la bataille, j’élèverai ici un monument somptueux à la gloire de la vierge, une cathédrale, un monastère. Il gagne. Heureusement pour le poisson rouge - qui vit dans un luxueux bassin d’époque, arrosé de pièces de monnaies. ![]() 11 août 2008 - Francis Traunig - Santiago - 15 heures 04 Pélerins-business. ![]() 12 août 2008 - Francis Traunig - Larache - 17 heures 10 Zara fait travailler des dizaines d’ateliers comme celui-ci, en Galice. Nièves emploie dix neuf personnes. Elle a investi toutes ses économies dans son parc de machines qui ronronnent au jour le jour, en flux tendu avec la frénésie acheteuse des minettes du monde entier. Sans garanties. Si la demande baisse, Zara ferme un peu les robinets, et c’est à Nièves de se démerder avec ses employées, de les virer ou de leur baisser le salaire. ![]() 13 août 2008 - Francis Traunig - Asturies - 14 heures 31 Photo de famille. ![]() 14 août 2008 - Francis Traunig - Castelnaudary - 21 heures 29 Photographe de mode travaillant pour Marie-Claire, flou. ![]() 15 août 2008 - Francis Traunig - Carcassonne - 11 heures 19 Révolte en pays Cathare. ![]() 16 août 2008 - Francis Traunig - Hermance - 19 heures 58 Prétexte rêvé pour se faire la peau des végétariens. ![]() 17 août 2008 - Francis Traunig - Choulex - 16 heures 11 Papillon géant butinant un nuage chou-fleur. |
| |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Francis Traunig partage son temps entre la photographie et son magasin de confection masculine dans le quartier genevois des Pâquis. Dans le cadre du projet d’une photographie par jour, l’actualité, la vie privée et les couleurs de l’humeur sont mis en mots, de manière éclatée et fragmentaire, parfois en rapport avec l’image du jour, parfois totalement décalés. Ce sont entremêlements de citations, de déclarations lues dans la presse et de bons mots cueillis au vol, juxtaposés avec les images qui produisent cette mosaïque d’instants anachroniques. Avec la volonté de partager son regard avec tous ceux pour qui photographier c’est produire du lien. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||